Tag Archives: Québec

Catherine Lalonde, La dévoration des fées

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Une petit livre fascinant, la vie rude d’une petite fille non désirée (on voulait un garçon), écrit dans un langage cru et charnel. De courts paragraphes créent des images si vivantes qui fascinent en même temps qu’elles répugnent. Des incantations pour faire disparaître la misère, la saleté, le malheur d’être née du mauvais sexe, et de grandir si pleine de vie dans un milieu si peu propice au bonheur.

Ça se lit tout seul et ça se relit en ouvrant le livre n’importe où. Un livre à laisser à son chevet pour faire des rêves fantastiques et enchevêtrés.

Référence:

Lalonde, Catherine. La dévoration des fées. Le Quartanier Éditeur, Montréal, 2017.

 

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Andrée A. Michaud, Bondrée

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Ce livre pourrait être qualifié de roman policier. Deux filles meurent et la police locale tente de résoudre l’épais mystère qui entoure ces événements. Mais ce livre est tellement plus que ça…

C’est l’histoire d’un été qui n’est pas ce qu’il aurait dû être. C’est l’histoire d’un groupe de vacanciers dont les relations vont changer et s’intensifier d’une manière dont ils ne l’auraient jamais imaginée. C’est l’histoire d’enfants qui sont exposés bien trop tôt à la laideur du monde. C’est l’histoire de familles anéanties par la peine. Et c’est l’histoire de policiers déchirés par la douleur qui les hantent longtemps après que les dossiers soient partis aux archives. Personne ne reste indifférent et personne n’est épargné.

Bondrée, c’est n’importe quelle colonie de chalets d’été sur le bord d’un lac. Des Bondrées, on en a tous connu. Les reflets sur le lac, les odeurs de conifères au soleil, le chant des cigales, les rames des chaloupes qui grincent, les enfants qui crient, les portes qui claquent, les mères qui lancent des injonctions de toutes sortes à des marmailles désordonnées. Mais en général, nos lacs de vacances ne connaissent pas de drames et on y revient l’année suivante sans arrière-pensées.

Le rituel était toujours le même et il avait le goût d’une liberté n’appartenant qu’à l’insouciance. Pendant que mes parents déchargeaient la voiture, je descendais près du lac m’enivrer des odeurs de Bondrée, mélange de senteurs d’eau, de poisson, de conifères chauffés et de sable mouillé se combinant à celles légèrement moisies qui imprégnaient le chalet jusqu’en septembre malgré les fenêtres ouvertes, malgré l’arômes des steaks et des poudings aux fruits, l’âcre parfum des fleurs sauvages ramassées par ma mère. Ces odeurs qui couraient de juin jusqu’aux nuits fraîches n’ont d’égal que l’humidité de l’atmosphère constituant ma mémoire de l’enfance, saturée de vert et de bleu, de gris couvert d’écume. Elles contiennent au creux de leur spectre ensoleillé la moiteur des étés où j’ai grandi.

Bondrée, c’est la version francisée du mot anglais “boundary”, frontière, limite, périmètre. Arriver à Bondrée est franchir une limite, une frontière entre en la vie quotidienne à la ville, pour l’aventure et la liberté des chaudes journées estivales. Bondrée est une contrée hors de la réalité, où les estivants se rejoignent pour laisser couler le temps, ou les enfants laissaient aller leur créativité dans leurs jeux et faisaient le plein d’imaginaire.

Une limite qui semble s’amenuiser à Bondré est la différence linguistique. Les relations entre les Québécois francophones et les Américains anglophones (même si certains américains ont des noms d’origine française) semblent oscillées entre l’harmonie et l’indifférence, mais sans ondes de conflit. Si cette différence semble affecter un peu les adultes (qui auront besoin d’interprètes lorsque la communication entre eux deviendra nécessaire) mais beaucoup moins les enfants qui vont interagir plus spontanément en dépit de la différence de langue. Et les enfants semblent parfois en savoir plus sur leur communauté que les adultes.

Quoiqu’il en soit, la disparition d’une première adolescente sème l’émoi dans la petite communauté. Des lambeaux de pensées désordonnées et troublées semblent émaner de la tête du tueur. On se demande s’il fait partie de la communauté ou s’il émerge des bois qui l’entourent. Le suspense dure longtemps. Le coupable n’est pas celui qu’on pense. La motivation est surprenante.

 

Référence:

Michaud, Andrée A. Bondrée, Éditions Québec Amérique, Montréal, 2015.

Autres choses:

Boundary: The Last Summer by Andrée A. Michaud

https://www.leslibraires.ca/livres/bondree-andree-a-michaud-9782764429884.html

 

Jacques Boulerice, Dans ma voiturette d’enfant

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Ce nouveau livre de Jacques Boulerice est composé de textes publiés dans le journal Le Canada français entre 2013 et 2016 ainsi que de quelques inédits. Un note nous informe qu'”En plus des inédits ajoutés, le lecteur trouvera ces textes enrichis et vitaminés. L’auteur souhaite que les mêmes particularités s’appliquent aux passagers qui font le voyage avec lui.”

Et l’auteur nous amène dans un voyage, dans son quartier, dans sa ville natale, dans ses souvenirs. Il en excave des moments de bonheur et de plaisir. Mais on sent aussi poindre, à travers la plume du conteur, une certaine nostalgie, une certaine fragilité, un certain regret que les petits-enfants grandissent si vite. Même s’il trouve toujours le merveilleux dans la vie de tous les jours, peut-être commence-t-il à penser que les jours sont comptés…

Si vous voulez faire la connaissance du bouffon Pourry Golé et rencontrer Jacques, il sera au Salon du livre de Montréal dimanche après-midi. Allez lui serrer la pince, il répand tellement de bienveillance autour de lui, vous vous sentirez bien et repartirez avec le sourire.

Je suis allée au lancement du livre dans une petite libraire de quartier, la Librairie Fleury, en septembre dernier. Jacques trônait à une petite table ronde et sa voiturette d’enfant faisait partie du voyage, transportant des livres, le nouveau et quelques plus anciennes publications. J’en ai profité pour me procurer Reliquaire (1992) et Le vêtement de jade (2002), dont je vous parlerai un jour.

 

Références:

Boulerice, Jacques. Dans ma voiturette d’enfant. “Carnets”. Fides, Montréal, 2017.

Boulerice, Jacques. Le vêtement de jade. L’Hexagone, Montréal, 2002.

Boulerice, Jacques. Reliquaire: Fragments d’une histoire d’amour. L’Hexagone, Montréal, 1992.

Autre chose:

Simon Roy, Ma vie rouge Kubrick

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Mais quel étrange petit livre, gagnant du Pris des libraires du Québec de 2015. Il témoigne de la fascination de l’auteur pour le film The Shining de Stanley Kubrick (avec Jack Nicholson) qu’il dit avoir vu au moins quarante-deux fois (Pourquoi 42? La référence à Douglas Adams frappe de nouveau). Il fait le lien entre des tragédies qui ont frappées sa famille et ce film.

Ce récit, dans lequel le narrateur, Simon Roy, nous parle au “je”, se veut autobiographique. On y passe du film à la chronologie familiale, de l’analyse à la divagation. On y trouve un chapitre consistant en un répétition du même paragraphe.

Finalement, ce qu’on y voit, c’est qu’un film d’horreur soigneusement tourné peut receler de pistes de réflexion sur la famille, l’amour, les relations humaines, les effets de la solitude, les impacts familiaux de la maladie mentale, l’étude de la littérature, des symboles, de l’histoire et de la philosophie.

On peut prendre plaisir à se laisser porter par la narration, les liens que nous propose l’auteur, les coq-à-l’âne saugrenus, etc. On peut aussi se demander si Simon Roy Auteur = Simon Roy Narrateur, et quelle est la part de vérité dans ce récit. Ou peut-être qu’on s’en fout et que c’est un pur plaisir.

Référence:

Roy, Simon. Ma vie rouge Kubrick. Éditions du Boréal, Montréal, 2014.

Autres choses:

http://www.atlantico.fr/decryptage/mais-pourquoi-univers-tech-et-geek-est-obsede-chiffre-42-xavier-niel-ecole-douglas-adams-h2g2-david-peyron-benjamin-bayart-1810293.html

http://plus.lapresse.ca/screens/63f2d26d-9a3b-4438-8fb9-678632bb5657%7C_0.html

http://www.ledevoir.com/culture/cinema/419505/le-labyrinthe-de-simon-roy

For the English translation:

Review: Kubrick Red a memoir with parallels to The Shining

Geneviève Pettersen, La déesse des mouches à feu

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Ce livre raconte environ un an de la vie d’une adolescente du Saguenay au milieu des années 90. Sa mère lui donne une copie du livre Moi, Christiane F, droguée, prostituée. On pourrait s’imaginer que lire sur les mauvaises expériences d’une jeune fille qui se drogue devrait en décourager une autre de le faire, mais non, Catherine la jeune saguenéenne, trouve que ça fait cool. Elle commence à prendre de la drogue et à faire toute sorte d’expériences, en rébellion avec ces parents.

Dans ce livre de Geneviève Pettersen, le personnage lit le livre sur Christiane F. Je ne l’ai pas lu au même âge, mais j’ai vu le film à sa sortie en 1981. Ho la la, quelle expérience! Très sombre, très crû, ce film m’a vraiment découragé de m’approcher de la drogue… en plus de la lecture de L’herbe bleue, qu’on s’arrachait à la bibliothèque municipale quand j’étais un peu plus jeune que lors de la sortie du film sur Christiane F.

Le livre se conclut sur des images du déluge du Saguenay. Catherine était allée à la pêche avec son père pour sa fête. Il pleuvait sans arrêt et ils décident de revenir à Chicoutimi. Ils y rencontrent la dévastation, la maison où Catherine a passé son enfance s’enfonce dans les flots.

Est-ce qu’on en déduit que la jeune Catherine est à la croisée des chemins, s’en va vers un recommencement, une occasion de repenser ses choix? Qu’est-ce qu’elle fera à partir de ce moment? Étudier, développer un engagement envers sa communauté et participer à la reconstruction, ressentir une énergie nouvelle pour faire quelque chose de ses capacités créatrices? Ou retournera-t-elle tout simplement à ses habitudes?

J’ai trouvé que le livre avait des longueurs, j’ai même failli le laisser de côté. Mais la fraîcheur de la langue et les détails du quotidien qui sont si bien campés ont eu raison de ma réticence face au thème de la drogue, qui n’est franchement pas dans mes centres d’intérêt. Au-delà de ce thème, le livre donne un aperçu d’un moment dans une vie qui se passe dans une région qui a des particularités culturelles que l’auteure rend très bien.

Référence:

Pettersen, Geneviève. La déesse des mouches à feu. Le Quartanier Éditeur, Montréal, 2014.

Autres choses:

https://fr.wikipedia.org/wiki/Moi,_Christiane_F.,_13_ans,_drogu%C3%A9e,_prostitu%C3%A9e%E2%80%A6_(livre)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Moi,_Christiane_F.,_13_ans,_drogu%C3%A9e,_prostitu%C3%A9e%E2%80%A6_(film)

https://fr.wikipedia.org/wiki/L%27Herbe_bleue_(roman)

https://www.vice.com/en_ca/article/7b7ved/christiane-felscherinow-interview

http://www.spiegel.de/international/germany/christiane-f-publishes-new-book-about-her-life-on-drugs-a-926540.html

http://www.lapresse.ca/arts/livres/entrevues/201403/07/01-4745599-genevieve-pettersen-jouer-avec-le-feu.php

Au théâtre en 2018: http://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1034066/livre-roman-deesse-mouches-a-feu-theatre-genevieve-pettersen

Maxime Olivier Moutier, Marie-Hélène au mois de mars

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Maxime Olivier Moutier, Marie-Hélène au mois de mars

Ce roman d’amour est déconcertant. Ou peut-être le fait qu’il s’annonce comme un roman d’amour l’est. Quelle image avons-nous habituellement du roman d’amour? Le roman à l’eau de rose, le roman sentimental visant un public essentiellement féminin, le roman Harlequin? La définition de linternaute.com nous dit “roman dans lequel l’amour est au centre de l’intrigue”. On sort un peu du stéréotype sentimental. Mais je ne peux m’empêcher de penser que l’étiquette de “roman d’amour” pour ce livre est plutôt ironique.

Je dirais que le centre de l’intrigue est la maladie mentale du protagoniste/narrateur. L’apparition de cette maladie aurait pu être précipitée par les difficultés de la vie amoureuse du narrateur ou les difficultés qui apparaissent dans la vie amoureuse du narrateur sont peut-être dues à une faille ou une faiblesse psychique préexistante. Une brève mais intense relation entre Marie-Hélène et le narrateur se solde par une tentative de suicide de ce dernier, qui cause son internement dans un hôpital psychiatrique. On ne parle nulle part de diagnostique ou de traitement et on ne voit que le point de vue du narrateur, quelques fois en un flux d’idées et d’images sans suite.

La notion de “roman” est aussi mise en cause. Le livre commence par une note de l’auteur:

Près des deux tiers de ce récit furent écrits alors que j’étais interné à l’hôpital Saint-Vincent-de-Paul de Sherbrooke. C’était en 1995. J’avais vingt-trois ans. À cette époque, la mort était partout. J’ai écrit ces pages en état d’urgence, sans compromis, comme  pour dire une dernière chose avant de mourir, définitivement. Le jour où elles seraient lues, j’aurais disparu. Comme un mot d’adieu.

Il dit plus loin:

Sur du papier, je n’aurai fait que mettre les mots qui me venaient; les mots d’une histoire qui a fait ma vie. Sans me soucier de relater les intentions réelles des personnes dont je parle. Je ne m’excuse donc pas: c’est de la fiction. C’est de l’écriture.

Alors, on peut penser que l’histoire que nous raconte le narrateur est basée sur des événements de la vie de l’auteur, comme il les a perçus, très subjectivement, sans recherche sur la “réalité objective” de la situation, ce qui en fait donc de la fiction. Donc, roman d’amour!

Référence:

Moutier, Maxime Olivier. Marie-Hélène au mois de mars. Marchand de feuilles, 2016. [Triptyque, 1998]

Autres choses:

https://voir.ca/livres/1998/12/10/marie-helene-au-mois-de-mars-le-maitre-des-desillusions/

http://www.ledevoir.com/culture/livres/478059/l-impudeur-d-un-livre-culte

https://www.erudit.org/fr/revues/lq/1999-n96-lq1187431/37480ac.pdf

Mes croquinotes

Dany Laferrière, Pays sans chapeau

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Comme c’est mon dixième livre de Dany Laferrière, c’est comme des retrouvailles avec un ami de longue date, avec une voix familière, dans un univers connu. À cause de cette familiarité, j’ai cru durant une partie de la lecture de ne voir rien de neuf dans ce récit. Pourtant, le thème diffère à certains égards des livres que j’ai lus auparavant.

Le livre auquel celui-ci s’apparente le plus est L’odeur du café, où le narrateur (Vieux Os) nous raconte des moments de son enfance passée avec sa grand-mère, Da. Dans Pays sans chapeau, Vieux retourne en Haïti et séjourne chez sa mère qui vit avec une de ses sœurs. Du fait de sa longue absence – 20 ans depuis son départ précipité –  il a presque oublié certaines coutumes et l’importance des morts et autres personnages fabuleux dans la vie de tous les jours.

On me sert une tasse de café bien chaud. Je m’apprête à prendre la première gorgée.

– As-tu oublié l’usage, Vieux Os?

Il faut en donner aux morts d’abord. Ici, on sert les morts avant les vivants. Ce sont nos aînés. N’importe quel mort devient subitement l’aîné de tous ceux qui respirent encore. Le mort change immédiatement de mode de temps. Il quitte le présent pour rejoindre à la fois le passé et le futur. Où vis-tu maintenant? Dans l’éternité. Joli coin,  hein! Je jette la moitié de la tasse de café par terre en nommant à haute voix mes morts.

Mes morts. Tous ceux qui m’ont accompagné durant ce long voyage. Ils sont là, maintenant, à côté de moi, tout près de cette table bancale qui me sert de bureau, à l’ombre du vieux manguier perclus de maladies qui me protège du redoutable soleil de midi. Ils sont là, je le sais, ils sont tous là à me regarder travailler à ce livre. Je sais qu’ils m’observent. Je le sens. Leurs visages me frôlent la nuque. Ils se penchent avec curiosité par-dessus mon épaule. Ils se demandent, légèrement inquiets, comment je vais les présenter au monde, ce que je dirai d’eux, qui sont nés et morts dans la même ville, Petit-Goâve, qui n’ont connu que ces montagnes chauves et ces anophèles gorgés de malaria. Je suis là, devant cette table bancale, sous ce manguier, à tenter de parler une fois de plus de mon rapport avec ce terrible pays, de ce qu’il est devenu, de ce que je suis devenu, de ce que nous sommes tous devenus, de ce mouvement incessant qui peut bien être trompeur et donner l’illusion d’une inquiétante immobilité.

Alors Vieux Os se balance du pays réel au pays rêvé, et tente de renouer avec ce qu’on dit du pays des morts, qu’on appelle aussi le “pays sans chapeau” parce qu’un mort n’est jamais enterré avec son chapeau.

Dans ses passages dans le monde des morts, il rencontre les dieux de la religion vaudou qui l’accompagnent dans son voyage de découverte qu’il nous relate avec toute la fraîcheur et la candeur qu’on connaît des livres de Dany Laferrière. Tout compte fait, c’est un voyage très intéressant pour moi aussi.

Référence:

Laferrière, Dany. Pays sans chapeau. 4e édition. “Boréal Compact”. Éditions du Boréal, Montréal, 2006 [1996].

Ouanessa Younsi, Soigner, aimer

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Je me suis souvent demandé ce qui arrive à un psychiatre ou psychologue en détresse, ou même comment on peut faire ce genre de carrière sans se brûler, prendre le nord, se faire envahir par la détresse d’autrui, ou souffrir soudain d’une incapacité d’empathie ou de compassion…

Jean Désy, lui aussi médecin-écrivain, nous dit dans sa préface: “On ne peut vraiment soigner, on ne peut vraiment être soignant si on n’aime pas.” Il a vu évoluer Ouanessa Younsi depuis ces années d’études en médecine à l’Université Laval, où elle manifestait déjà une bonne capacité d’écriture.

Cette capacité et ses réflexions sur sa pratique, au milieu des difficultés quotidiennes du psychiatre en milieu hospitalier, de surcroît à Sept-Îles avec les communautés autochtones voisinces, nous éclaire sur les difficultés que rencontre le professionnel de la santé mentale. Et Ouanessa Younsi le fait dans un langage à la fois direct et poétique, d’une façon toute personnelle.

Une auteure à suivre!

Référence:

Younsi, Ouanessa. Soigner, aimer. Mémoire d’encrier, Montréal, 2016.

Autre chose:

Elle sera au Salon du livre de Paris le 25 mars 2017.

Fanie Demeule, Déterrer les os

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Avec la narratrice de Déterrer les os, tout est absolu et excessif. La nourriture et son contrôle, les sensations de plaisir et le jeu. Manger pour combler un vide intérieur. Les phobies. L’horreur des règles qu’elle voudrait supprimer.

Il existe forcément un moyen de supprimer les règles. Il me prendra le temps qu’il faudra, je finirai par trouver. C’est désormais l’unique objectif de ma vie.

Une remarque de ses parents sur le fait que certaines athlètes n’aient parfois plus leurs règles l’entraîne dans un tourbillon d’activités physiques. L’anorexie prend possession de sa vie. Elle utilise les mots “purification” et “épuration”. Ses os deviennent visibles. Crises de boulimie. Elle devient aussi hypochondriaque. Peur de mourir.

Un accident de voiture semble déclencher un changement, peut-être un retour vers la “normalité”. Mais la fin est ambigüe.

Référence:

Demeule, Fanie. Déterrer les os. Hamac/Édition du Septentrion, Québec, 2016.

Autres choses:

http://www.libredelire.com/fanie-demeule-deterrer-les-os

https://larecrue.org/d%C3%A9terrer-les-os-fanie-demeule-862653868686#.arb31f8et

http://www.ledevoir.com/culture/livres/487757/fiction-quebecoise-la-petite-fille-qui-aimait-trop-les-pamplemousses

Club de lecture – rencontre 22 mars 2017 http://211blog.drawnandquarterly.com/2017/01/club-de-lecture-francais-deterrer-les.html

Paul Bélanger, Des amours

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La couverture rouge de ce recueil de poésie s’accorde bien à son titre et à ses thèmes.

Le poète nous parle des amours charnels qui s’expriment dans la médiation du corps. La transition de l’amour charnel au poème s’opère par des images limpides. Voici donc deux exemples:

de même ces mots étranglés dans ta gorge
tu les caressais comme autant d’énigmes
tu ne pouvais pas savoir
si tout cela

menait à un échec tant
les repères volaient en éclats

Et,

tu ne guérissais pas
de l’amour au chatoiement
si divers que l’impossible reste
le noyau qui aimante
ce corps et ce vers
comme la plus inattendue
des histoires

pour autant tu reviens
à cette chute des métamorphoses

Cette transition au poétique le différencie d’un amour banal (mais est-ce qu’un amour peut être banal?).

Le poète est à la recherche de la communion intense qui rencontre rarement l’apaisement. Deux passages, en particulier, m’ont accrochée:

elle habitait peut-être tout près
dormait-elle seulement à demi
tournée vers le vide
comme moi
nouée à mon absence

Et,

Cette pulsion source tu l’attendais
chaque jour comme son amour
le poème y dormait depuis mille ans
prenait forme quand tu la regardais dormir

Tout de l’amour mène à l’émoi, l’acte, son anticipation et son souvenir, l’absence de l’être aimé. Les poèmes ne peuvent être réduits à des anecdotes, ils transmettent l’émotion à l’état pur.

Référence:

Bélanger, Paul. Des amours. Éditions du Noroît, Montréal, 2015.

Autres choses:

http://lesmeconnus.net/exister-vers-lamour-delie-des-amours-de-paul-belanger/

http://vitrine.entrepotnumerique.com/resources/9782890189843