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Salon du livre de Montréal 2013, troisième excursion

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Que de plaisir au Salon du livre aujourd’hui! Plein de belles rencontres et de nouveaux livres à savourer pour le reste de l’hiver! La razzia de la journée : 7 québécois (dont 5 romans et 2 recueils de poésie), 3 romans haïtiens, et une autre chose dont je vous reparlerai plus tard.

Célébrités entrevues aujourd’hui : Guy Latraverse, Françoise David, Danny St-Pierre, Serge Chapleau, Emmanuel Bilodeau, Dominique Bertrand, Marcia Pilote, Kim Thuy.

J’ai par hasard revu Hélène Dorion aujourd’hui, en allant voir la poétesse Germaine Beaulieu que j’avais rencontrée hier mais dont je n’avais pas encore acheté son dernier recueil, Repères du silence. J’y suis donc retournée aujourd’hui. On avait discuté hier que son recueil traitait de la perte d’un être cher et qu’il était dédié à son frère. Elle m’a semblé une personne très humaine et j’ai été frappé par sa douceur.

J’ai assisté à deux autres entretiens d’écrivains avec Gilles Archambault, comme hier. Le premier était Pierre Ouellet, un professeur de littérature de l’UQAM qui est aussi un prolifique auteur. Comme je l’ai trouvé bien sympathique, j’ai acheté un roman, Portrait de dos, et un recueil de poèmes, Buées,  publié aux Éditions L’Hexagone et je suis allée le retrouver au stand des Éditions du Noroît, où se trouvait d’ailleurs Paul Bélanger, poète mais aussi patron du Noroît. Monsieur Ouellet a quand même dédicacé les livres que j’avais achetés et nous avons eu une conversation sur la littérature et sur son travail à l’université.

L’autre entretien était avec Geneviève Damas, invitée d’honneur du Salon, une dramaturge et comédienne belge qui vient de publier son premier roman, avec des discussions sur la différence de possibilités d’expression entre le théâtre et le roman, où bien sûr on a pas besoin de composer avec les contraintes de production et on peut laisser libre cours à l’imagination.

J’ai investigué un peu hier soir sur l’Internet: Jean-Christophe Rufin est un homme tout à fait exceptionnel, médecin, humanitaire, diplomate, écrivain. Il a écrit un livre sur le périple qu’il a fait sur le chemin de Compostelle, même s’il n’est pas croyant. Il en a parlé avec beaucoup d’humour. Ça m’a rappelé une expérience lors de mon dernier voyage en France où mes neveux m’ont fait jouer à un jeu de société pour enfants sur le thème du chemin de Compostelle. J’ai donc acheté le livre.

J’ai aussi assisté à une table ronde sur la question juive à laquelle participait les écrivains Claude Jasmin et André Vanasse. Je suis ensuite allée les rencontrer au stand des Éditions XYZ. André Vanasse a un parcours assez impressionnant mais bien sûr je n’en savais strictement rien cet après-midi… Il m’a exhorté à parler de son livre, La flûte de Rafi, à d’autres si je l’aimais parce que le bouche à oreille est critique pour le succès d’un livre au Québec. Il m’a aussi demandé de lui dire si j’aimais son livre et m’a donné son adresse de courriel.

Claude Jasmin, quant à lui, est un homme plutôt jovial et expressif. Nous avons jasé de son livre de 1975, La petite patrie, que j’ai lu quand j’étais à l’école secondaire. Comme ma mère est juste un peu plus jeune que lui et a grandi dans le même quartier, ce livre racontant la vie de quartier fait référence à beaucoup de personnes telles que les commerçants de l’époque dont ma mère nous avait déjà parlé. À l’époque, ça avait été toute une surprise, parce que dans ma tête, un écrivain n’écrivait pas sur les choses qu’on connaissait mais sur des trucs beaucoup plus exotiques. Son dernier, Anita, une fille numérotée, raconte ses amours avec une jeune juive dans sa jeunesse, à une équipe où l’on ne fréquentait pas des gens hors de son milieu et encore moins des juifs (pas sûr que ça soit si différent que ça de nos jours).

La dernière table ronde à laquelle j’ai assisté portait sur la différence entre l’autofiction et l’imagination et 5 auteurs débattaient du sujet. Certains d’entre eux avaient l’air intéressant, mais ce qui m’a frappé, c’est la prestance et le franc-parler de l’auteure haïtienne Yanick Lahens. Je me suis donc précipitée pour acheter 3 de ses romans.

Suite à cela, j’étais plutôt fatiguée et j’ai décidé de mettre fin à l’aventure Salon du livre de Montréal 2013… super fin de semaine et excellente récolte!

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Salon du livre de Montréal 2013, deuxième excursion

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Lors de ma deuxième visite au Salon, j’ai effectivement pu faire dédicacer le nouveau livre d’Hélène Dorion, Sous l’arche du temps. Elle a été très gentille mais elle m’intimide trop pour que je puisse avoir une conversation avec elle.

J’ai aussi pu avoir une brève conversation avec Brigitte Pilote, l’auteure de Motel Lorraine aux Éditions Stanké. Brigitte a grandi dans mon quartier et nous sommes allées à l’école ensemble. De toute évidence, le livre traite du motel où a été assassiné Martin Luther King, mais je n’en sais pas plus, faute de ne pas avoir encore pu commencer le livre. À bientôt, j’espère! C’est une coïncidence que j’aie récemment commencé à lire le livre de Stephen King sur la mort de JFK; on est dans la même période historique.

La première rencontre que j’ai faite en arrivant au Salon est celle des auteurs d’un ouvrage sur l’Inde publié aux Presse de l’université de Montréal : Serge Granger, professeur de science politique à l’Université de Sherbrooke et Karine Bates, professeure d’anthropologie à l’Université de Montréal. Le premier s’emploie à documenter les liens entre le Canada et l’Inde (apparemment qu’Henri Bourassa s’intéressait beaucoup à ce pays) et la deuxième étudie les femmes en Inde du point de vue de l’anthropologie juridique. Je suis sûre que ce livre me permettra de découvrir des aspects de l’Inde que je ne connais pas déjà, étant donné la complexité de cette société. On a eu une conversation agréable et on a pu comparer nos impressions de séjours en Inde.

Célébrités entrevues aujourd’hui : Janette Bertrand, Denys Arcand, Kathy Reichs, Dany Laferrière.

J’ai assisté à deux entretiens d’écrivains avec Gilles Archambault qui animent habituellement ce genre d’activités au Salon. Le premier était en rapport avec mes tentatives d’identifier ce qui pourrait être intéressant en littérature haïtienne. J’ai donc été introduite à Gary Victor qui est en fait un important journaliste et écrivain de ce pays. J’ai donc acheté son dernier roman, un polar. Nous avons eu une très courte conversation; c’était sympa. J’ai aussi acheté des romans d’Émmeline Prophète et de Kettly Mars, ainsi qu’un livre de Rodney Saint-Éloi sur le séisme de 2010. Je vais voir si je fais d’autres acquisitions demain.

L’autre entretien auquel j’ai assisté était avec Jean-Christophe Rufin, dont j’avais déjà entendu le nom mais que je ne connaissais pas. J’ai beaucoup aimé son sens de l’humour. Le livre dont il parlait traitait d’une randonnée qu’il a fait sur le chemin de Compostelle (malgré lui qu’il dit). Il a aussi écrit des romans. Il faudra que j’investigue.

Enfin, je décerne le prix du premier roman au titre inoubliable à Michel Leboeuf pour L’homme qui n’avait pas de nombril. Monsieur Leboeuf était assis à un poste de dédicace au stand de son éditeur et par les hasards de mouvements de foule en ce samedi où le Salon était bien fréquenté, j’ai été prise dans un embouteillage juste en face de lui. Je lui ai donc sourit et dit bonjour. Il y avait une affiche à côté de lui, avec la même image que la page couverture du livre, qui disait « Est-ce que cet auteur à un nombril? » Ça m’a fait rigoler et on a entamé la conversation. Cet auteur est biologiste de formation et œuvre en vulgarisation scientifique. Il a écrit ce roman pour le plaisir et il s’agit d’un roman de spéculation scientifique : Quelles seraient les conséquences de ne pas avoir de nombril? En fait son personnage, n’ayant pas eu de cordon ombilical est devenu incapable de former des liens avec d’autres êtres humains, avec des conséquences bien sûr…

Plus qu’une journée pour profiter de ce superbe évènement!

Salon du livre de Montréal 2013, première excursion

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Alors, j’ai fini de travailler tôt aujourd’hui pour aller faire un tour au Salon du livre et faire une première visite rapide. L’idée, c’est d’y retourner quelques heures samedi et dimanche. Et de se retenir de trop dépenser.

Première impression : c’est un zoo, mais un zoo du livre, c’est quand même pas pire. J’aime bien l’idée d’avoir un pays à l’honneur (Haïti) mais j’aurais aimé voir une présentation quelque peu différente. D’abord, c’est essentiellement un étalage de livres. Pas de panneaux explicatifs, pas d’info sur les figures marquantes de l’histoire littéraire haïtienne. Il faudrait que je fasse toute une recherche en ligne pour m’orienter. Je n’aurais pas besoin de faire ça pour la Suède, mais bon l’Haïti en tant que lieu de production littéraire, je connais très peu. Donc, rien appris aujourd’hui. Et je n’étais pas vraiment en mode « jasage », car l’introvertie a pris le dessus cet après-midi (après tout un avant-midi de meetings au bureau).

J’ai vu un entretien entre Hélène Dorion sur son œuvre poétique et je trouve toujours cette femme aussi fascinante. J’espère pouvoir faire dédicacer son nouveau livre, Sous l’arche du temps, demain. J’avais découvert l’an dernier l’auteure Jocelyne Saucier grâce à son roman Il pleuvait des oiseaux, que j’ai adoré. J’ai acheté ses trois autres romans, Les héritiers de la mine, La vie comme une image, et Jeanne sur les routes, aux Éditions XYZ. Cette maison d’édition offre d’autres titres qui ont l’air bien intéressant.

J’ai aussi acheté deux livres des Presse de l’université Laval et des Presses de l’université du Québec en rapport avec le travail (communication et développement organisationnel) ainsi qu’un livre qui est une analyse sociologique du rapport des adolescents au temps, question de faire un effort pour mieux comprendre la jeune génération.

La chorale du diable, Martin Michaud

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Ouf, c’est à en couper le souffle! L’intrigue est complexe, les personnages complexes et intéressants et j’ai lu presque d’une traite. Évasion garantie! J’avais entendu le nom de cet auteur québécois, sans vraiment m’y attardé, jusqu’à ce qu’un vieux copain du secondaire me le recommande. J’ai finalement trouvé le temps de lire ce livre et une fois commencé, presqu’impossible de le déposer. Certains éléments clés (que je ne dévoilerai pas!) sont plutôt invraisemblables, mais il ça vaut infiniment mieux qu’un roman convenu où voit tout venir à l’avance.

 

Le personnage principal, un détective nommé Victor Lessard, type torturé dans la quarantaine, a une enfance difficile. Seul survivant d’une série de meurtres suivis du suicide de son père, il s’est retrouvé sans famille. L’esprit de son jeune frère Raymond le suit partout et il dialogue constamment avec lui. Cet esprit est plutôt bienveillant et sa présence rassure Victor. Elle contribue même à lui sauver la vie. Les autres relations de Victor sont empreintes de contradictions, surtout pour ses relations avec les femmes. Il craint l’intimité et il craint de révéler aux autres les difficultés qui ont marquées sa vie.

 

Martin Michaud a jusqu’à maintenant publié trois romans mettant en scène Victor Lessard, un qui a précédé La chorale du diable, et un autre plus récent. Vous pouvez être certain que ça ne sera pas très long avant que je les lise.

 

Références

 

Michaud, Martin, La chorale du diable, Les éditions Goélette, 2011.

www.michaudmartin.com

 

Hélène Dorion et Pierre Nepveu à la Libraire Paulines

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Le 29 novembre dernier, j’ai assisté à un entretien entre Pierre Nepveu et Hélène Dorion à la Librairie Paulines sur la rue Masson à Montréal. Ce que vous trouverez plus bas provient des notes prises ce soir-là et de moins en moins lisibles au fur et à mesure que le temps passe (et non, pas à cause d’une quelconque détérioration physique de l’objet qui a servi à prendre les notes).

À partir des questions de Pierre Nepveu, Hélène Dorion a abordé les thèmes suivants (pas nécessairement dans cet ordre et souvent en lien avec un livre spécifique que je n’ai pas noté) :

  • Pourquoi écrire? L’écriture pour apprendre à vivre, pour comprendre la vie, la complexité de l’être. C’est une démarche de recherche existentielle. La vie est une mise en mouvement et écrire met en mouvement le langage. La langue est vivante, elle n’est pas une structure figée, elle arrive à déplacer cette structure, à la faire bouger.
  • Qu’est qu’on veut atteindre? La transformation est le dénominateur commun, HD veut toujours être dans cette quête vers le sentiment d’union. Il n’y a pas de sentiment d’impuissance, tout est possible. Il ya un dialogue avec la vie. Elle s’accroche à ce mouvement plutôt que s’y opposer mais dans ce mouvement, la liberté est totale et permet la création. Elle dit « je dans avec quelque chose plutôt que de lutter contre ».
  • Pierre Nepveu remarque que le livre Le hublot des heures est singulier dans l’œuvre d’Hélène Dorion : elle utilise le vol en avion comme métaphore de l’écriture poétique. Quand on parle de voyage, on parle vraiment de voyage intérieur. Le reste est un prétexte. Elle présente un monde d’écrans, de faux, d’inauthentique; absurdité de l’errance; parle de l’aéroport comme un non-lieu, qui n’est pas marqué par une culture quelconque.
  • Par rapport à la question de dénonciation : La poésie est plus une entreprise de questionnement que de révolte ou dénonciation. Ce qui est dangereux, c’est l’indifférence, l’inconscience, l’ignorance. Écrire permet d’augmenter l’acuité de la conscience.
  • La notion de faille, de cassure figure pour beaucoup dans l’œuvre de HD. Elle fait le lien avec le célèbre vers de Leonard Cohen « there is a crack in everything ». La notion d’effritement, de ruine, présence de la faille, de la fissure, n’est pas négative mais est quelque chose de créateur. Il faut qu’il y ait une imperfection dans la matière pour qu’il y ait quelque chose de neuf. Cette faille est un récepteur de sens.
  • Certains de ses écrits parlent de rupture amoureuse, de perte de soi où la faille permet la transformation.
  • L’écriture n’est pas la transcription de l’expérience mais crée une autre expérience, c’est transformateur, porteur, créateur.

Suite à l’entretien, elle a lu une partie d’un poème de son nouveau livre, Cœurs, comme livre d’amour, mais pas complètement et pas comme écrit. Lorsqu’un des auditeurs lui demande pourquoi, elle dit que le poème est un partenaire de danse et que la lecture est une recomposition. Un poème est toujours inachevé, l’œuvre d’art arrête quelque chose mais pas son mouvement. Le texte a une autonomie, sa vie propre (c’est pourquoi il a besoin de lecteurs). Le texte peut encore lui apprendre ce qu’elle ignore.

 Références

 Dorion, Hélène, Cœurs, comme livres d’amour, Éditions de l’Hexagone, 2012.

Dorion, Hélène, Le hublot des heures, Éditions de la différence, 2008.

Yukonnaise, de Mylène Gilbert-Dumas

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Dévoré ce roman en une journée… histoire enlevante et description détaillée du mode de vie des habitants de Dawson City au Yukon. J’ai bien aimé les personnages attachants quoique certains personnages manquaient un peu de profondeur. Ça se lit bien, c’est bien écrit et je lirai sûrement d’autres livres du même auteur. J’ai même déjà offert de le prêter à une collègue au bureau.

Une écrivaine en route pour Dawson City mais coincée à Whitehorse à cause du mauvais temps (ça commence bien mais c’est probablement typique pour la région, tout comme dans les territoires du Nord-ouest) pense reconnaître une femme qui entre dans le café où elle s’est attablée et s’installe pour lire Le festin de Babette de Karen Blixen. Un peu plus tard, ça adonne qu’elle la ramasse en autostop. Il s’agit en fait d’une esthéticienne de Québec vivant au Yukon depuis plusieurs années, qui l’avait déjà traitée pour des problèmes d’acné. La dame en question n’est plus esthéticienne et est déménagée au Yukon pour changer de vie. Le livre raconte cette transition et sa transformation. On est souvent tenté de se demander ce qui amène quelqu’un à faire des choix qui peuvent nous sembler surprenants dans la vie. Voilà une histoire qui répond à ce genre de questions, pour une personne. Imaginez la multitude d’histoire qu’on pourrait trouver au même endroit. En fait, nous avons aussi un aperçu avec les bribes que nous laisse entrevoir l’auteur à travers ses autres personnages.

Si vous ne savez pas où est Dawson City et de quoi ça peut avoir l’air, faites une petite recherche sur le web.

English version

I read this novel in one day… Good story and detailed description of daily life in today’s Dawson City in the Yukon. I found the characters quite likeable although some characterizations were somewhat superficial. It’s easy to read, it’s well written and I would certainly read other books from the same author. I have already offered to lend it to a co-worker who is likely to appreciate it as well.

A writer is on her way to Dawson City but she gets stuck in Whitehorse due to poor weather (not unusual in the part of the world, same as the Northwest Territories). She sees a familiar-looking woman come into the coffee shop where she is waiting. She can’t think, at that moment, where she has seen her before. A few moments later, she picks up a hitchhiker and it’s that same women. It turns out that she used to be a beautician in Québec City and that she had treated her for an acne problem. The woman is no longer in the same line of business and had moved to Dawson City to start a new life. The book talks of her transition and transformation.  It is easy to be tempted to ask why people end up where they end up. This book can help satisfy this kind of curiosity, for one specific case. Imagine the many stories that could be written by other people from that very same place… In fact, we get some glimpses of that through the brief description we get of other characters.

If you don’t know where Dawson City is and what it might look like, do a quick search on the web…

Reference

Gilbert-Dumas, Mylène, Yukonnaise, VLB Éditeur, Montréal, 2012.

http://www.edvlb.com/mylene-gilbert-dumas/auteur/gilb1013

http://www.lapresse.ca/vivre/societe/201204/25/01-4518775-mylene-gilbert-dumas-trouver-le-nord.php

Hélène Dorion, Cœurs, comme livres d’amour

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Mon Dieu, qu’il est beau et bon ce recueil de poésies, si délicates qu’on dirait qu’elles s’effilochent dans l’air devant nous comme de la fumée… Hélène Dorion publie depuis plus de trente ans, mais j’avais réussi à ne jamais en entendre parler. Quand je l’ai rencontré au Salon du livre, elle a dû trouver que j’avais l’air de sortir d’une longue hibernation… et elle m’a fait une bien gentille dédicace.

Voici la première page du recueil :

Cœur :
organe

central
situé entre les deux
poumons

Sur le lac, le vent saisit mes lèvres,
L’imperceptible pulsation du sang
mon souffle heurté, le ciel, la neige, l’ombre
avec la lumière se confondent.
Je ne reconnais rien du paysage
à l’intérieur de moi

je cherche le centre.

Elle y parle d’amour, d’amour qui charme, qui éveille, qui émeut, qui blesse, du cœur dans toutes ses métaphores et convulsions.

À lire, et relire, et relire, et relire…

Référence :

Dorion, Hélène, Cœurs, comme livres d’amour, Collection « L’appel des mot », Éditions de l’Hexagone, Montréal, 2012.

http://www.helenedorion.com/

Renée Robitaille et l’art du conte : Hommes de pioche

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À mi-chemin entre l’oral et l’écrit se trouve l’art du conte. Renée Robitaille a trouvé là une façon de raconter à sa façon l’expérience des mineurs des mines d’or de l’Abitibi et de leurs proches. Basé sur une série d’entrevues et autres ouvrages de référence, Hommes de pioche raconte l’histoire d’une génération de mineurs bravant les dangers du travail sous terre et ce faisant, créant une communauté et une histoire haute en couleur. Renée raconte à son fils Arthur l’histoire de divers personnage et en bâtissant le conte, retrouve ses racines en Abitibi. C’est une joie à lire, et à écouter… car le livre se vend avec le CD d’un enregistrement live d’un spectacle de Renée Robitaille.

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Telling tales is a mixture of the oral and the written… often much closer to oral transmission. Renée Robitaille is a Québec artist who writes stories and tells them on stage. She has chosen to tell the story of gold miners in Abitibi, a region of Québec where she has her roots. Based on a series of interviews as well as the consultation of a variety of written sources, Hommes de pioche (or Pick-Ax Men) tells the story of a generation of miners braving the dangers of underground mining and creating a colourful community and history. Renée tells her son Arthur the story of various characters and through building this tale, recovers her own roots deep in the Abitibi soil. It is a joy to read, and to listen to… the book is sold with a live recording of the show.

Référence :

Robitaille, Renée. Homme de pioche. Collection « Paroles ». Planète rebelle, Montréal, 2008.

Related sites:

http://www.reneerobitaille.com/

http://www.planeterebelle.qc.ca/

Mémoires d’une enfant manquée, de Brigitte Pilote

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Premier roman de Brigitte Pilote, les courts Mémoires d’une enfant manquée se lisent d’une traite. Il s’agit des mémoires d’une petite fille qui s’appelle Jeanne et dont la vie est chamboulée par la décision de ses parents d’aller vivre dans une commune dans les Cantons de l’est. Comme Jeanne n’est pas une petite fille ordinaire (elle refuse d’être une enfant, et se considère aussi futée que les adultes et même plus), elle porte un œil plutôt critique sur le monde qui l’entoure, en particulier en ce qui a trait aux inconstances et incohérences des adultes.

Un passage en particulier traite de cet aspect. Les enfants décident de faire une fugue de la commune en groupe. Dans la vie de la commune, les enfants sont encadrer par un adulte en particulier et les parents ne s’occupent pas nécessairement de leur propre enfant. Jeanne dit même ne pas savoir qui sont les parents de certains de ses compagnons de vie. Lors que retour de la fugue, les parents ont une toute autre attitude, au grand étonnement de Jeanne.

p. 117 « Tous les adultes étaient présents et chacun voulait reprendre son enfant comme son bien. »

p. 118 « … Denis en a profité pour se jeter sur moi et m’enlever Bébé endormi dans mes bras, pendant que maman se ruait sur René comme Damien sur sa chèvre le jour où son père a voulu la troquer contre la réparation du toit. Elle voulait à tout prix récupérer son fils, qui ne voulait pas lâcher Estelle, que ses parents essayaient d’arracher à René. »

p. 118 « Jamais je n’aurais cru voir les adultes s’agiter à ce point-là pour nous reprendre, parce que lorsqu’ils nous avaient à portée de main, on ne les voyait pas souvent du côté des enfants. »

Suite à l’attention portée à la fugue des enfants par les média, un producteur américain décide de faire un film sur la vie de Jeanne. Nous voyons donc la transformation de la vie de Jeanne dans sa nouvelle version « bonne pour le cinéma » à travers l’œil toujours aiguisé de celle-ci. On doit faire semblant d’être vrais devant les caméras…

La narration mêle la candeur d’un discours d’enfant avec la lucidité de l’adulte et donne un effet surprenant. Lorsque je l’ai rencontrée au Salon du livre de Montréal la semaine dernière, Brigitte m’a dit être en train d’écrire sont deuxième roman et j’ai bien hâte de voir comment son style s’affirmera avec le temps.

 

Chronique du Salon du livre de Montréal 2012 – 3e arrêt – 2e partie

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Dimanche dernier, au Salon du livre, j’ai assisté à plusieurs tables rondes et discussions intéressantes aussi.

La première table ronde à laquelle j’ai assisté s’appelait « Raconter l’histoire » et réunissait 3 romanciers qui écrivent des romans historiques, Jean-Pierre Charland (aussi professeur de didactique de l’histoire), Louise Chevrier (chercheure) et Michel Langlois (qui a fait carrière en généalogie). Ils ont parlé des thèmes suivants :

  • La différence entre les faits et la fiction, et la place des faits dans la fiction historique : Louise Chevrier dit aimé spécifier à ses lecteurs où elle triche avec la réalité pour raconter une bonne histoire, comme lorsqu’elle invente un personnage.
  • Le défi du roman historique : construire une bonne histoire sans donner un cours d’histoire. Ça veut souvent dire en connaître beaucoup sur les détails de la vie quotidienne en d’autres temps.
  • L’importance de trouver un angle et l’obligation de prendre partie à certains moments…
  • Ne pas trahir l’époque dont on traite mais trouver de bons moyens de rejoindre les lecteurs d’aujourd’hui.

Ces écrivains étaient de toute évidence des passionnés de leur travail et ont aussi eu l’air d’avoir du plaisir à participer au débat.

Une autre table ronde avait un sujet vraiment différent et l’atmosphère et le niveau d’engagement des personnes se manifestaient autrement. Ça avait l’air moins spontané et plus scripté, mais le sujet était quand même intéressant pour moi. On y parlait de la pertinence de la publication des revues dans l’ère de l’électronique. Mais on ne parlait pas de n’importe quelles revues, mais de niches très spécialisées de revues qui présentent un amalgame de reportages, de littérature, d’essais, allié à un grand souci esthétique dans la présentation. Les trois publications qui étaient représentées étaient Feuilleton, Liberté, et Nouveaux Projets, dont je n’avais jamais entendu parler. On était vraiment dans l’équivalent « revue » du « slow food », et non dans la lecture comme acte de consommation rapide d’informations éphémères. Gérard Berreby, éditeur de Feuilleton, parlait de raconter des histoires pour donner du sens et faire réfléchir plutôt que de la pure transmission d’information.

J’ai écouté une entrevue de deux auteurs (les journalistes Richard Hétu et Alexandre Sirois, de La Presse) qui ont publié un livre sur la politique américaine qui discute des facteurs influant sur les résultats des élections présidentielles. C’était plutôt d’actualité.

Il y avait aussi un panel avec 5 auteurs de polar de la Série noire de Libre Expression : Jacques Savoie, Mario Bolduc, Johanne Seymour, Geneviève Lefebvre, et David S. Khara. Ils ont décrit la nature du polar actuel, non seulement une bonne histoire du suspense, mais il s’y mélange maintenant aussi beaucoup d’autres éléments dont la critique sociale ou politique. Des auteurs nous font aussi beaucoup voyager. Ils ont parlé de l’importance de la structure du récit, de bien créer la chute, et de maintenir la tension pour garder l’intérêt du lecteur. Plusieurs avaient une expérience de scénariste, qui leur sert assez bien dans leur métier d’écrivain : on ne garde de la structure que ce qui est essentiel pour faire avancer l’action. On doit épurer le reste.

Une des raisons qui m’avait amené à retourner au salon durant la fin de semaine était la présence de Normand Mousseau, prof de physique à l’UdeM et auteur de plusieurs ouvrages de nature critique dont un sur les gaz de schistes et dont le nouveau livre parle de l’industrie minière. J’ai donc acheté ledit livre, Le défi des ressources minières qui promet d’être intéressant. Il a discuté du livre dans un bref panel en compagnie d’Alain Deneault, un philosophe de l’UdeM, qui lui a publié Paradis sous terre qui parle du Canada comme étant « la Suisse des minières », autrement dit en tant que paradis fiscal des minières opérant à l’extérieur du Canada et commettant ailleurs des crimes pour lesquelles elles ne peuvent être poursuivies ici. Le sujet semble plutôt incendiaire. L’auteur a parlé dimanche d’une « anthologie des  horreurs » : corruption, pillages, collusion, meurtres, etc. Au Canada, il critique les ententes inéquitables signées avec les communautés locales et les groupes autochtones pour faciliter l’exploitation des ressources minières. Il fait ici le lien avec le Plan Nord (dont Normand Mousseau dit que ça n’est pas un plan, mais une annonce publicitaire) qui pour lui ne sera jamais à notre avantage. Bien hâte de lire le livre pour voir tout l’argument. Venant d’un philosophe qui enseigne la pensée critique, ça promet. Alain Deneault est mieux connu pour avoir écrit Noir Canada (avec le même complice que Paradis sous terre), maintenant retiré de la circulation au Canada suite avec une entente hors-cours avec Barrick Gold qui les poursuivait pour diffamation.

Ça fait pas mal le tour des faits saillants de la fin de semaine… Plus instructif et plus le fun qu’une semaine à l’école, fertile en rencontres inoubliables. Je ne vous ai pas parlé de ma rencontre avec Michel Tremblay parce qu’on ne peut rien en dire.