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Hélène Dorion, Le temps du paysage

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Ce livre d’Hélène Dorion est assez différent dans sa forme des recueils de poésie de cette auteure que j’ai lus, mais le thème et l’intention sont cohérents avec le reste de l’oeuvre. L’auteure y exprime, en mots et en images, les images qui l’envahissent à la mort de son père, et les réflexions sur la vie, la mort, la nature de l’âme, et la relation avec son père, que cet évènement suscite.

Ce livre se lit tout doucement, lentement, en savourant le texte et en le conjugant à la photo qui l’accompagne sur la page opposée. C’est un livre qui nous emmène ailleurs, dans la réflexion, dans de nouvelles impressions, sans besoin d’analyse, sans chronologie. On peut d’ailleurs l’ouvrir à n’importe quelle page, et y retourner encore et encore. On peut choisir de ne regarder que les photos.

Une petite joie à chaque fois qu’ou l’ouvre.

Et pourtant certains thèmes sont plutôt sombres. La sérénité qu’exprime Hélène Dorion en neutralise toutefois tout le potentiel négatif.

J’ai été voir l’exposition en lien à ce volume qui était présentée à Val David au moi de mai. Un vrai bijou! Les murs peints en noir étaient l’écrin parfait pour les photos extraites du livre. Des enregistrements audio des extraits du livre (la voix d’Hélène Dorion!) étaient diffusés dans deux coins de la salle. De l’endroit où j’étais assise je les entendais en écho (ou plutôt en canon) et l’effet était ensorcelant.

Cette exposition est maintenant à la Maison de la littérature à Québec, jusqu’au 15 septembre. Suivez le lien et ne manquez pas de regarder le vidéo au bas de la page.

 

Référence:

Dorion, Hélène. Le temps du paysage. Éditions Druide, Montréal, 2016.

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Friday Night Ramblings: Can’t go to the gym so I might as well write something

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I had minor surgery on Wednesday and I have to take it easy for a couple of days, so the usually Friday night at the gym is out. So let me tell you about what I’ve currently got in process and what I’m thinking of reading next (mind you keep in mind that I am easily distracted by new ideas and what is to be read next keeps changing quite rapidly but I still like thinking about it).

I made a commitment to myself to read some Dickens this year. I had taken a stab at book such as Hard Times and A Tale of Two Cities when I was younger and my English was not so good, and I found I had little patience to wade through the dialogues. In general, my knowledge of English is quite good now and my tolerance for dialogue written in the vernacular has certainly gone up. So I am about one-fifth into Great Expectations and I am quite enjoying it. I am looking forward to the way in which Pip is going to evolve as he grows up. At the point where I am in the book, he is living with his sister and her husband who took him in as he was an orphan. He was invited to “play” at the home of an eccentric woman, Miss Havisham, and I wonder where this is going. There are all sorts of ways in which this could turn really weird…

In parallel, I am reading the third and latest novel by Ildefonso Falcones, La reina descalza, published in 2013. Falcones made his name with is first book, La cathedral del mar (The Cathedral of the Sea), which was quite a bestseller in Spain when it came out in 2006. I had picked up that book while browsing in a bookstore in Madrid on the tail end of a business trip. Falcones is a Barcelona-based lawyer with four children who writes big, thick historical novels in his spare time. La reina descalza focuses on the lives of gypsies in 18th century Spain. One of the main characters, Caridad, is a freed African slave that somehow came from Cuba to Sevilla and comes under the protection of an old gypsy man. The storytelling is quite smooth and this is an easy, fun read, not too challenging, although I do need to resort to the dictionary once in a while.

I have another stack of books I have been reading and put aside and I am just waiting for inspiration to get back into them. And then there are the stack of books on the living room window sill.

  • Mort-terrain by Biz: Biz is the rap singer who leads the band Loco Locass, who are quite well-known in Québec. The story is set in a mining town. Of course, I definitely have to read that.
  • Sous l’arche du temps by Hélène Dorion : this is a series of essays and interviews with my favorite Québec poet. I read it in small chunks. I am also reading through the large volume of her collected works from 1983 to 2000 and I have never written about that. Her poetry is just gut-wrenching.
  • Un été avec Montaigne d’Antoine Compagnon: I love Antoine Compagnon, the no-nonsense literature professor from the Collège de France. His inaugural lecture at the Collège de France was about why we should read… Un été avec Montaigne is a series of commentary about Montaigne’s Essays that were originally written for a summer radio series for France Inter. I am not sure I would have the patience to read Montaigne but which such an introduction to his work, who knows?
  • Le départ des musiciens by P.O. Enquist: I have to get into the next one, don’t I?
  • I still have some Giller Prize-related reading to do: The 2013 Giller Prize winner, Hell Going, by Lynn Coady, and well as the Dan Vyleta novel who was on the short list. Officially, I bought them as a present for my husband, so he gets to read them first. So he read the Coady and he quite liked it although, like me, he is not much of a short story reader. He preferred her novel The Antagonist, and I seem to remember it was about hockey, which would be timely given we are in the Stanley Cup playoffs.
  • I also have a volume of the complete tales and poems of Edgar Allan Poe sitting on my desk. It is an old musty-smelling book. It has an inscription on the first page, “To Alex, Best Wishes, from Tsia, Xmas 1944”. From one of my husband’s aunts to her sister… Both dead now, but I was lucky enough to know them in their last years. They never married, remained independent, lived together their whole lives, loved travelling, and of course, loved reading.

Louise Dupré, L’album multicolore

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J’ai vu Louise Dupré en personne plusieurs fois. Elle est lumineuse, précise dans la façon de s’exprimer et extrêmement sensible. Je l’ai vu animer des entrevues avec d’autres écrivains et elle excelle vraiment dans l’art de mettre les autres en valeur. Par contre, je n’avais jamais lu aucun de ses livres, ni fiction ni poésie.

Il y a deux semaines, je prenais une marche dans le centre commercial de la ville où j’habite et il y a une merveilleuse petite libraire indépendante, Le Fureteur, où j’aime bien arrêter faire un tour de temps en temps. Bien entendu, j’en ressors rarement les mains vides… À l’occasion de cette visite, je suis tombée sur le nouveau livre de Louise Dupré, L’album multicolore. Le livre commence sur ce paragraphe :

Je la regarde dans son lit, blanche, aussi blanche que le drap. Elle vient de mourir, ma mère, et je ne le crois pas. À côté de moi, l’infirmier, incrédule lui aussi. Il y a une heure à peine, il m’a parlé d’un protocole qui s’imposerait bientôt, durant la phase de détresse respiratoire. Détresse, j’ai reçu le mot comme un coup de poing. Détresse. Au fond de son sommeil, peut-être a-t-elle entendu, peut-être a-t-elle décidé de nous quitter avant. Je suis soulagée, c’est le sentiment que j’éprouve devant ma mère, le visage apaisé, encore tiède, comme si elle était plongée dans un rêve heureux.

Le décès de la mère est un moment-clé dans la vie de la plupart d’entre nous. Pour ma mère, c’est un traumatisme profond puisqu’elle a perdu sa mère à l’âge de cinq ans. Pour mon conjoint, c’est un vide qui ne peut être comblé depuis quatre ans. Il lui a parlé tous les jours de sa vie, un appel rapide durant sa journée de travail les jours de semaine et des appels et visites la fin de semaine, une présence constante, rassurante, un lien avec son histoire.

Hélène Dorion, dans Recommencements, parle du décès de sa mère en ces termes :

Et ce lien fondateur, fusionnel et tissé de dépendances, m’invite désormais par son absence à nommer ce que je suis pour moi-même, à devenir ce que l’enfant ne peut réaliser qu’au-delà de cette rupture définitive qu’accomplit la mort de sa mère.

Comme si la conscience complète du soi adulte ne pouvait être atteinte qu’à la rupture du lien à sa mère… ce qui suppose une compréhension de ce lien, de sa signification, de son impact sur notre développement.

Louise Dupré entreprend cette exploration en racontant ses souvenirs d’enfant, dans un travail minutieux d’analyse des liens familiaux, de la façon dont sa mère constituait un lien particulier avec l’histoire familiale, spécialement celle de ses grand-mère et arrière-grand-mère, dont la force est une caractéristique particulièrement importante. Elle met aussi cette histoire en contexte de l’époque qui a influencée les opportunités qui se sont présentées à sa mère, entre autre l’époque de Duplessis et la fin de celle-ci. Elle offre aussi des réflexions pertinentes sur le deuil, sur le sentiment de culpabilité qui l’habite à cause de l’impression qu’elle a de ne pas avoir été assez présente auprès de sa mère.

Elle raconte aussi comment elle a lu ou relu une multitude de livres d’autres auteurs qui ont écrit sur leur mère et sa mort. Sa quête de sens résulte en un récit touchant, un album multicolore comme l’album photo que lui avait offert sa mère, contenant les photos d’enfance qui constituait un témoignage unique de sa présence auprès d’elle.

 

Références

Dupré, Louise. L’album multicolore. Éditions Héliotrope, Montréal, 2014.

Dorion, Hélène. Recommencements. Éditions Druide, Montréal, 2014.

http://www.lapresse.ca/arts/livres/entrevues/201404/25/01-4760952-louise-dupre-mysteres-de-la-mere.php

http://revue.leslibraires.ca/entrevues/litterature-quebecoise/louise-dupre-fille-d-eve

http://www.litterature.org/recherche/ecrivains/dupre-louise-188/

 

Hélène Dorion, Recommencements

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Tout un coup de cœur ce livre qui nous parle de deuil, de rupture, de changement et des recommencements que ces évènements amènent, une réflexion poétique et philosophique sur la façon dont on y réagit. Et il venait à point pour moi étant donné tous les changements dans ma vie.

Peut-être ma vie tend-elle vers un carrefour où les lignes de mes pas se rejoignent et se retournent pour engendrer le recommencement. Et j’ai le choix de risquer ou non ce moment, de m’y accorder ou non. Mais l’essentiel de toute vie tient peut-être à ces points de basculement où elle pliera comme une branche pour frôler le plus bas, puis se redressera comme un aigle pour toucher le plus haut, où l’oiseau cesse de battre des ailes et se laisse porter par l’évidence des courants.

Une métaphore revient à plusieurs reprises : celle de la vague, puissante, qui emporte, qui détruit, mais qui est aussi un outil de renouvellement, de changement positif.

J’ai cinquante-cinq and, je n’affronte plus les vagues, je ne résiste plus aux marées, ne lutte plus contre les tempêtes qui emportent tout. Je ne défie plus les vents. Lorsque la vague parvenue à son faîte surgit devant moi, j’embrasse sa force et sa beauté, je l’épouse, je la laisse m’étreindre, me porter et me déposer là où sans elle je n’aurais pu aller. J’ai cinquante-cinq ans, le bateau tangue sous les turbulences, les voiles grandes ouvertes les reçoivent et s’y accordent, désormais je sais la fureur des vents puissants du large qui font chavirer, la vague qui embrasse puis relâche son étreinte.

Certainement, un livre à lire et relire.

Wednesday Night Ramblings

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I am quite scattered this week. I actually have 6 books in progress (4 novels, a chronicle and a poetic essay), and I am feeling starved because my Kobo’s battery is dead and 3 of the novels are on it. Notice that there are still 2 books I can read, but I am itching to read the 3 that I cannot reach until I rescue my charger from my laptop back at the office tomorrow.

I am scattered in other ways as well, such as forgetting to buy my December monthly transit pass, but let’s not dwell on that for too long…

The 3 novels on the Kobo are Stephen King’s 11/22/63, Ian McEwan’s Sweet Tooth, and Kazuo Ishiguro’s Never Let Me Go. They’re all very different genres (fantasy, spy and speculative fiction) but I do have rather eclectic tastes. The paper novel is André Vanasse’s La flûte de Rafi, a historical novel. Also, I am reading Rodney St-Eloi’s account of his experience of the 2010 heartquake in Haiti and a book by Hélène Dorion about poetry.

Stephen King speculates about what could happen if one could go back in time and change a historical event, namely, the assassination of John F. Kennedy. Of course his time travel device presents some constraints and his time travellers have limitations of their own. They do think, however, that they would be doing humanity a service by allowing this great man a longer life span. That may be counting without “history” that resists being changed, as they clearly see from attempts at changing events that have much less impact on the world. All done in typical Stephen King style, with bad omens abounding.

The only other Ian McEwan novel I have read is Solar. So far, with Sweet Tooth, there is one similarity in the presence of a professor as a character, but whereas the professor was the main character in the former, the latter reserves a secondary role to the academic and the guy dies quite early in the novel. However, this existence is linked to major life choices of the main protagonist who so far, grew up as a bishop’s daughter and loved reading novels, studied math at Cambridge to please her very decisive mother, and who got hired as a glorified office clerk by MI5. Who know what the future holds for this young woman coming of age in England in the early 1970s? At about 17% into the novel, I can only see a lingering heartache from her short affair with the professor…

The Ishiguro novel is much harder to characterize… It is odd to say the least. It tells the story of a young woman who grew up at a very special boarding school where none of the students seem to have families. They are told they have been brought into the world for a very special purpose and that they have to keep themselves healthy so they can perform “donations”. I understand that to mean organ donations, but why that would be needed and under what conditions totally escapes me. These young people expect to be “carers” before they have to start donations, and that means, as far as I can guess, that they have to assist in the care and recovery of those who have made donations. The descriptions of the behavioural norms at the school as well as afterwards are made by the main character, in the first person, and reflect the usual thought process of someone trying to make sense of the world by inference, with little opportunity for asking for corroborating information. As the information shared is filtered by one ill-informed character is it not fully credible, so the reader is left to find out where the “truth” may lie. The story seems to be set in England in the 20th century but that is not explicitly said.

Well, enough for now… I do want to get some reading done before going to sleep.

Quote

Sur les rayons, les livres convoquent
ces mondes de papiers que tu caresses
du bout du doigt, de la main, — et ta vie
entière s’y enfouit.

Mers, montagnes, saisons
soufflent des histoires, bientôt l’invisible
cède sous le poids.

À peine entrée, n’effleures-tu déjà
que le secret d’une âme?

– Hélène Dorion, Ravir: les lieux

Joie de lire

Jours de sable, d’Hélène Dorion

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English Comment :

Hélène Dorion has recently become my favorite French-language poet and writer. The fluidity of the langage she uses, the images she creates keep me in a state of wonder I hadn’t felt in a long time. This book is one of her few publications in prose and it is to be found in the biography section of bookstores. It is a memoir of sorts but not of the kind that lines up a series of facts about one’s life. Rather, it presents impressions and blurry memories of a life filled with good moments and more difficult moments, and moments that were not necessarily understood at the time. In this sense, writing helps recreate meaning and illuminates the past. This book is somewhat similar to Per Olov Enquist’s memoirs although that produced a much larger book. In the parts about their childhood at least, there is a similar feeling of partial understanding and slow learning, leading eventually to the ability to make sense of what to a child was a mystery.

French Comment :

Hélène Dorion nous raconte, dans cette petite autobiographique, des moments de son enfance et d’autres de sa vie d’adulte, doucement, sans heurts, nous entraînant dans un monde d’impressions et d’émotions tout en nuance. Elle y raconte aussi la découverte de l’écriture, de la liberté qu’elle amène.

Sur le sable, la marée monte, la marée redescend. Les pas s’y enfoncent et s’y perdent, creusent le dedans, creusent le dehors, révèlent le passé qui les forme. Je laisse entrer les heures en moi. Puis ce sont les mots qui entrent. Bientôt les carcans, les habitudes, les rampes que deviennent parfois les choses, tout ce qui m’enserrait s’ouvre, – le lac immense, les arbres, la rue, la lumière, mon corps même, me voici avec, plus encore, je suis à l’intérieur, enfin, je suis ici. L’écriture rend au temps sa liberté, à l’espace ses ailleurs. (p. 8)

Elle y raconte ses peurs d’enfants, les déchirures qu’elle a vécues, la séparation des parents, le déménagement, la perte d’amitié, la maladie et la découverte de la précarité de la vie.

La maladie déverse sur la vie une énorme boue, déroule un corridor d’obscurité. Le temps s’arrête, suspendu comme les jours, les nuits, ne tien plus qu’à un fil, comme le corps à l’âme. (p. 22-23)

Elle décrit aussi ce qu’elle sait de l’histoire de ses parents, des bribes de l’histoire de sa grand-mère, écossaise, irlandaise ou peut-être bien anglaise, se questionne sur ses origines, sur les amours qui l’ont amené ici.

Des traces s’accumulent, forment bientôt une ligne fine, un chemin, tout une vue avec des rêves comme des barques qui la traversent, vont d’une rive à l’autre porter leurs bagages d’espérance, et rentrent au port pour y trouver le seul visage qui importe, l’amour, – ciel et terre enfin rassemblés en deux bras, deux yeux, un seul corps chargé de tous les mondes. (p.100-101)

Elle cherche dans les jours ordinaires de sa vie le sens de celle-ci, le sens qui la porte. Ce faisant, elle nous emporte avec elle dans ce monde et nous fait partager à la fois la tristesse des pertes qu’il comporte et l’émerveillement de choses à découvrir.

Ce livre est un bijou et une inspiration pour qui ne verrait dans la rédaction de mémoires qu’une suite de faits en ordre chronologique… Les mémoires ici sont faites des plus ténues impressions et de légères fumées de souvenirs presqu’oubliés.

Références :

Dorion, Hélène, Jours de sable, Collection « ici l’ailleurs », Leméac, 2002.

Enquist, Per Olov, Une autre vie, Actes Sud, 2010.

Hélène Dorion et Pierre Nepveu à la Libraire Paulines

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Le 29 novembre dernier, j’ai assisté à un entretien entre Pierre Nepveu et Hélène Dorion à la Librairie Paulines sur la rue Masson à Montréal. Ce que vous trouverez plus bas provient des notes prises ce soir-là et de moins en moins lisibles au fur et à mesure que le temps passe (et non, pas à cause d’une quelconque détérioration physique de l’objet qui a servi à prendre les notes).

À partir des questions de Pierre Nepveu, Hélène Dorion a abordé les thèmes suivants (pas nécessairement dans cet ordre et souvent en lien avec un livre spécifique que je n’ai pas noté) :

  • Pourquoi écrire? L’écriture pour apprendre à vivre, pour comprendre la vie, la complexité de l’être. C’est une démarche de recherche existentielle. La vie est une mise en mouvement et écrire met en mouvement le langage. La langue est vivante, elle n’est pas une structure figée, elle arrive à déplacer cette structure, à la faire bouger.
  • Qu’est qu’on veut atteindre? La transformation est le dénominateur commun, HD veut toujours être dans cette quête vers le sentiment d’union. Il n’y a pas de sentiment d’impuissance, tout est possible. Il ya un dialogue avec la vie. Elle s’accroche à ce mouvement plutôt que s’y opposer mais dans ce mouvement, la liberté est totale et permet la création. Elle dit « je dans avec quelque chose plutôt que de lutter contre ».
  • Pierre Nepveu remarque que le livre Le hublot des heures est singulier dans l’œuvre d’Hélène Dorion : elle utilise le vol en avion comme métaphore de l’écriture poétique. Quand on parle de voyage, on parle vraiment de voyage intérieur. Le reste est un prétexte. Elle présente un monde d’écrans, de faux, d’inauthentique; absurdité de l’errance; parle de l’aéroport comme un non-lieu, qui n’est pas marqué par une culture quelconque.
  • Par rapport à la question de dénonciation : La poésie est plus une entreprise de questionnement que de révolte ou dénonciation. Ce qui est dangereux, c’est l’indifférence, l’inconscience, l’ignorance. Écrire permet d’augmenter l’acuité de la conscience.
  • La notion de faille, de cassure figure pour beaucoup dans l’œuvre de HD. Elle fait le lien avec le célèbre vers de Leonard Cohen « there is a crack in everything ». La notion d’effritement, de ruine, présence de la faille, de la fissure, n’est pas négative mais est quelque chose de créateur. Il faut qu’il y ait une imperfection dans la matière pour qu’il y ait quelque chose de neuf. Cette faille est un récepteur de sens.
  • Certains de ses écrits parlent de rupture amoureuse, de perte de soi où la faille permet la transformation.
  • L’écriture n’est pas la transcription de l’expérience mais crée une autre expérience, c’est transformateur, porteur, créateur.

Suite à l’entretien, elle a lu une partie d’un poème de son nouveau livre, Cœurs, comme livre d’amour, mais pas complètement et pas comme écrit. Lorsqu’un des auditeurs lui demande pourquoi, elle dit que le poème est un partenaire de danse et que la lecture est une recomposition. Un poème est toujours inachevé, l’œuvre d’art arrête quelque chose mais pas son mouvement. Le texte a une autonomie, sa vie propre (c’est pourquoi il a besoin de lecteurs). Le texte peut encore lui apprendre ce qu’elle ignore.

 Références

 Dorion, Hélène, Cœurs, comme livres d’amour, Éditions de l’Hexagone, 2012.

Dorion, Hélène, Le hublot des heures, Éditions de la différence, 2008.

Hélène Dorion, Cœurs, comme livres d’amour

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Mon Dieu, qu’il est beau et bon ce recueil de poésies, si délicates qu’on dirait qu’elles s’effilochent dans l’air devant nous comme de la fumée… Hélène Dorion publie depuis plus de trente ans, mais j’avais réussi à ne jamais en entendre parler. Quand je l’ai rencontré au Salon du livre, elle a dû trouver que j’avais l’air de sortir d’une longue hibernation… et elle m’a fait une bien gentille dédicace.

Voici la première page du recueil :

Cœur :
organe

central
situé entre les deux
poumons

Sur le lac, le vent saisit mes lèvres,
L’imperceptible pulsation du sang
mon souffle heurté, le ciel, la neige, l’ombre
avec la lumière se confondent.
Je ne reconnais rien du paysage
à l’intérieur de moi

je cherche le centre.

Elle y parle d’amour, d’amour qui charme, qui éveille, qui émeut, qui blesse, du cœur dans toutes ses métaphores et convulsions.

À lire, et relire, et relire, et relire…

Référence :

Dorion, Hélène, Cœurs, comme livres d’amour, Collection « L’appel des mot », Éditions de l’Hexagone, Montréal, 2012.

http://www.helenedorion.com/