Agnès Gruda, Mourir, mais pas trop

Standard

Je ne suis une grande fan des collections de nouvelles mais j’ai eu grand plaisir à lire celle-ci.  Elle contient  13 nouvelles dont certaines sont reliées entre elles, comme par surprise. Chacune d’entre elles sont bien tournées, plutôt efficaces, avec une chute abrupte comme je l’aime. On ne s’éternise surtout pas en explications superflues. Certaines sont de toute évidence issues du parcours professionnel de journaliste de l’auteure, d’autres de son enfance en Pologne et de son émigration au Canada, d’autres relèvent plus du quotidien.

Les thèmes explorés sont:

1. Comment de petites choses peuvent le cours des évènements.

2. Comment il peut être impossible de reconnecter avec quelqu’un quand les deux personnes ont changé avec le temps.

3. Comment on peut s’inventer des histoires catastrophiques qui peuvent s’éloigner de la réalité.

4. Comment en fin de vie on peut avoir des regrets sur des décisions qu’on a pris plus jeune.

5. Comment certains objets ou évènements deviennent des éléments marquants de transitions importantes dans la vie.

6. Les relations familiales difficiles jusqu’à la mort.

7. Les rencontres fortuites dont il est difficile de trouver le sens.

8. La différence entre la réalité et la fiction, les illusions, les histoires que les gens s’inventent pour redéfinir une partie de leur vie.

9. Les différences dans la valeur attribuée aux objets par différentes personnes (sentimentale vs monétaire).

10. Les diverses réactions des gens face aux probabilités de maladie dégénératives et l’utilisation de tests de dépistage.

11. Les opportunités qui surgissent d’avoir tissé des liens avec des gens au cours de transactions anodines.

12. Les conséquences inattendues d’un retour au sources.

13. Les multiples raisons qui amènent les gens à aller travailler dans le Grand Nord.

Voici certains passage que j’ai aimé:

P. 115 “Elle était assez près pour sentir son haleine rance, il riait maintenant, d’un rire mauvais, saccadé, comme hoquet. Puis il a relâché le sac et toute la tension ainsi libérée a projeté Elena vers l’arrière, sur le sol. Dans sa chute, pendant une fraction de seconde, elle a pensé qu’elle s’était bien fait avoir. Cet homme, ce voleur, ce n’était pas Boris. Ce ne pouvait pas être lui. C’était un subterfuge. Une comédie.

P. 130 “Le jour oú il m’a annoncé qu’il allait me quitter, j’ai pleuré, puis nous avons fait l’amour. Je crois que c’est ce jour-là que je suis tombée enceinte. Et là, sur le coup, j’ai voulu cet enfant. Et j’ai voulu que ce sois lui, le père. Mais je ne me décidais pas à lui annoncer la nouvelle. De toute façon, je ne suis pas certaine que ça l’aurait fait revenir. Quelque chose était déjà cassé, tu comprends? Peut-être que je ne savais pas vraiment ce que je voulait, tout est si confus. Si je l’avais vraiment désiré ce bébé, j’aurais arrêté de courir, non?

P. 156 “Il ne faut pas croire tout ce que ma mère raconte. Son mariage, c’est de la pure fiction. Mais il se peut que maintenant, enfin, elle soit heureuse. Qu’elle se soit apaisée. Il lui appartient. Finalement, il a besoin d’elle. Tout seul, il est complètement perdu. Ils sont bien comme ça, dans leurs mensonges, dans leur dépendance mutuelle.

P. 175 “Trente-cinq ans plus tard, il venait d’être démembré et assassiné pour faire de la figuration dans un vulgaire film porno. J’ai pensé qu’il aurait mérité une meilleure fin. Qu’il y avait, dans ce dénouement pathétique, quelque chose qui ressemblait à une profanation.

Au-delà des thèmes énumérés plus haut, ce qui lie ces nouvelles sont des moments de transition, lorsque quelque chose finit, autre chose commence, les éléments déclencheurs qui les précipitent, les conséquences prévues ou imprévues qui en découlent.

Ce qui finit peut être la mort et dans ce cas, on parle de la mort. Mais dans d’autres cas, la chose qui meurt peut être un amour, un espoir, une illusion, qui va “mourir, mais pas trop.” La vie est faite de transitions, de pertes, de nouvelles découvertes, de redéfinitions… Il n’en tient qu’à nous d’y trouver un  sens.

Référence:

Gruda, Agnès. Mourir, mais pas trop. Éditions du Boréal, Montréal, 2016.

Advertisements

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s