Yanick Lahens, Failles

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Yanick Lahens parle d’entrée de jeu de son amour pour sa ville et pour son pays et de son désarroi face à la souffrance qui a suivi le tremblement de terre du 12 janvier 2010.

Le 12 janvier 2010 à 16 heures 53 minutes, le temps s’est fracturé. Dans sa faille, il a scellé à jamais les secrets de notre ville, englouti une partie de notre âme, une âme qu’elle nous avait patiemment taillée à sa démesure. Dans sa faille, le temps a emporté notre enfance. Nous sommes désormais orphelins de cent lieux et de mille mots. Les rues jouent à colin-maillard, lago kache, avec nos souvenirs. Certaines façades sont des ombres, et des fantômes y rôdent déjà que nous croyons toucher des yeux.

Quoique Yanick Lahens raconte aussi une histoire personnelle, son histoire de survie de l’évènement et ce qu’elle a observé autour d’elle, dans son quartier et dans son environement social, il y a des éléments très différents des livres de Rodney Saint-Éloi et de Dany Laferrière dans celui de Yanick Lahens:

  1. Contrairement à messieurs Saint-Éloi et Laferrière dont le domicile n’est pas en Haîti, quoiqu’ils y ont tous les deux de la famille proche et une multitude d’amis, elle y vit et a choisi d’y rester suite au tremblement de terre.
  2. Elle s’attarde à certains éléments de contexte qui peuvent expliquer l’impact du tremblement de terre que n’ont pas discuter ces deux autres auteurs, dont le contexte politique et socio-économique.
  3. Le livre est aussi extrêmement critique à l’endroit du rôle des ONG et des effets pervers de leur intervention.

Et quoique Dany Laferrière dise qu’il avait pensé ne pas écrire sur le séisme jusqu’à ce que le livre s’impose à lui, Yanick Lahens réfléchit aussi sur la nécessité d’écrire et sur le rôle des artistes dans la reconstruction d’Haïti. Elle écrit:

Cet événement si éprouvant soit-il n’est donc pas parvenu à éteindre l’écrivain en moi qui se pose aujourd’hui plus que jamais les questions suivantes: quoi écrire et comment écrire après une telle catastrophe?

Elle réfléchit entre autre à sa prochaine oeuvre de fiction et nous en offre des bribes… l’histoire d’un couple, Guillaume et Nathalie. Et c’est le titre du livre suivant, publié en 2013.

Tout en étant en partie un essai sur les possibilités qu’offre le futur, en plus d’être une chronique de l’expérience vécue, ce livre est plus lyrique dans ses descriptions que les deux autres et témoigne d’une relation toute personnel à cette terre d’Haïti.

Mi-août. La plage, pour la première fois depuis le séisme. L’eau est à la température que j’aime. Chaude à souhait. J’ai l’habitude de répéter qu’Haïti n’est ni une carte postale ni un cauchemar. Ce dimanche-là plus que jamais. Je suis juste entre l’eau, le soleil, le sable et le ciel. Ni dans une carte postale, ni dans un cauchemar. Dans quelque chose qui fait doucement chanter mon sang. C’est tout.

Référence:

Lahens, Yanick. Failles. Sabine Wespieser Éditeur, Paris, 2010.

Autres choses:

http://www.etonnants-voyageurs.com/spip.php?page=inviteshaiti&id_article=760

http://www.ledevoir.com/culture/livres/321764/sortir-de-l-impasse-avec-yanick-lahens

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  1. Pingback: Yanick Lahens, Nathalie et Guillaume | Sylvie's World is a Library

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