Hugo Léger, Le silence du banlieusard

Standard

Un petit roman intrigant sur la vie de banlieue qui me touche de près: La famille dont on traite habite à Greenfield Park à quelques kilomètres de chez moi et je fréquente plusieurs des endroits dont on parle (Le boulevard Taschereau! Le Mail Champlain! L’hôpital Charles-Lemoyne! Le salon de quilles Champion!). Enfant, j’ai été estomaquée quand j’ai découvert qu’on pouvait lire des livres dont l’histoire de déroulait dans des endroits familiers, plutôt que dans un “ailleurs” lointain ou imaginaire. Ça me fascine toujours de retrouver le familier joint à l’imaginaire d’un auteur.

Cela étant dit, la vie de la petite famille du Silence du banlieusard diffère quand même de la mienne. Quand bien même nous avons tous des problèmes dans la vie, cette famille ne donne pas sa place dans la cumulation effarante de problématiques qui l’affligent, autant les “bibittes” individuelles de ses membres que les difficultés de compréhension et de communication qui rendent leur cohabitation difficile.

Luc Landry, le père, disparaît un beau jour et une partie du livre se compose des entrevues des enquêteurs de la police avec les gens que les divers membres de la famille ont côtoyés de près ou de loin, incluant l’amant de l’épouse, une collège de travail et un quincailler chez qui Luc aimait s’approvisionner.

Certaines scènes sont plutôt cocasses (attention mon sens de l’humour tourne occasionnellement au macabre!) surtout celle du meurtre des écureuils. Luc et sa femme Nathalie haïssent les écureuils qui ne sont pour eux que “des rats à grosse queue” (ma soeur dit plutôt “rats with good PR”).

Leur entreprise d’extermination va bon train. Ils ont une cage en métal d’environ soixante centimètres de longueur qu’ils utilisent pour capturer l’animal. Ils l’attirent avec une cuillérée de beurre d’arachide. Celui qu’ils ont attrapé aujourd’hui est particulièrement coriace. Un gros mâle agressif qui, une fois emprisonné, est devenu fou. Fou, comme rarement ils ont vu un écureuil fou.

Le voir aussi dément les a confortés dans leur projet d’éradication. Regardez: cette bête est possédée par le diable. La laisseriez-vous se promener en toute liberté, dans les rues, dans vos cabanons, dans vos entretoits? Ce n’est pas un animal, c’est une créature imprévisible, vicieuse, prête à vous sauter à la gorge pour défendre son territoire.

Luc a pris un bâton de hockey pour soulever la cage,  et éviter ainsi d’être mordu. Le seul fait d’être déplacé a rendu l’animal encore plus incohérent. Luc a transporté la cage jusqu’à la poubelle remplie d’eau et l’y a laissée tomber. La cage a rapidement coulée, emportant avec elle l’animal. À voir l’écureuil se débattre sous l’eau et aux remous qu’il provoquait à la surface, il était clair que la plongée sous-marine n’était pas son sport de prédilection. Luc a souri, en regardant Nathalie. Il s’est emparé du couvercle beige et l’a déposé sur la poubelle. Ils ont attendu une minute, sans rien dire. Les modestes cognements sur la poubelle se sont espacés, de plus en plus, jusqu’à cesser.

Je vous épargne le résultat… Ces actions contreviennent sûrement aux règlements municipaux et vaudraient à tout citoyen pris à tuer des écureuils de la sorte une bonne grosse amende.  Le chapitre reproduit également une recette d’écureuil au vin blanc tiré de l’Encyclopédie de la cuisine de Jehane Benoit (la Julia Child québécoise!). Comme j’ai l’édition posthume préparée par son mari, je n’ai pas cette recette dans ma copie… ça devait se trouver dans une des éditions antérieures. Les Landry n’ont jamais eu l’intention de réaliser la recette…

Ça me fait penser à mes années d’études à Duke Université. Son beau campus arboré avait une population impressionnante d’écureuils. Je suis même passée en vélo sur un d’entre eux, sans faire exprès. Il a trop hésité avant de décider de quel bord partir. Mon édition de Joy of Cooking avait une section sur le petit gibier, incluant une description sur l’écorchage d’écureuil, incluant plusieurs illustrations de la procédure. J’en avais fait une photocopie que j’avais affichée sur la porte de mon bureau au département de sociologie. Mes collègues me trouvaient pas mal “weird”. Il est à noter que Joy of Cooking spécifie aussi que l’écureuil peut être substitué au poulet dans la recette du Brunswick Stew, une spécialité du sud des États-Unis.

Je trouve que ce livre offre aussi un contraste intéressant avec La condition pavillonnaire de Sophie Divry. Là où les deux livres sont très différents est que l’humour noir du Silence du banlieusard ne trouve aucun écho chez Sophie Divry. Les deux auteurs révèlent de façon différente, mais avec une certaine ironie, qu’il est difficile dans la société moderne de trouver un sens à sa vie, que tout être humain porte son lot de souffrances, et qu’il existe une très grande diversité de stratégies d’adaptation, de l’efficace à l’étrangement inappropriée…

Vous ne découvrirez qu’à la toute fin comment survient la disparition de Luc Landry, et la manière ainsi que la raison seront sûrement une surprise.

Référence:

Léger, Hugo. Le silence du banlieusard. Collection “Romanichels”. Éditions XYZ: Montréal, 2014.

Autres choses:

http://www.lapresse.ca/arts/livres/entrevues/201409/24/01-4803212-hugo-leger-inquietante-banlieue.php

http://passemot.blogspot.ca/2014/12/le-silence-du-banlieusard-de-hugo-leger.html

http://aufildespages.ca/litterature/romans-quebecois/le-silence-du-banlieusard

Advertisements

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s