Sophie Divry, La condition pavillonnaire

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Le récit s’ouvre sur cette scène: M.A., une femme agée, est assise seule dans sa cuisine et se rappelle des souvenirs. La description de cette scène mets en évidence le fait que le temps coule, imperturbable, quoiqu’il arrive aux gens, et que toute vie, en particulier celle de M.A., s’inscrit dans une continuité sans fin… Le narrateur nous raconte ensuite cette vie.

De façon plutôt inhabituelle, le narrateur parle au “tu”. La plupart des livres sont écrit à la troisième personne, lorsque le narrateur est à l’extérieur de l’histoire qu’il raconte, ou à la première personne lorsque le narrateur nous fait part de l’histoire en tant qu’acteur de celle-ci (quoiqu’un puisse aussi raconter au “je” en observateur). Dans La condition pavillonnaire, le narrateur raconte à M.A. sa propre histoire, pour ainsi dire. Peut-être qu’elle en a oublié une partie en vieillissement, tandis que lui, non.

Un élément central de la vie de M.A. est l’ennui. On nous le souligne au tout début de deuxième chapitre: “Tu t’ennuyais beaucoup quand tu étais petite.” Ensuite, M.A. fait tout ce qu’il faut dans la vie, bien étudier, avoir une bande d’amis, rencontrer un garçon bien, trouver un emploi correcte, s’acheter une maison, avoir des enfants… Mais il y a toujours un fond d’ennui et elle est toujours insatisfaite. Elle tente différents moyens de tromper cet ennui, dont certains fonctionnent temporairement (humanitaire, yoga, sorties culturelles) mais dont elle se détache ensuite. Une aventure torride avec un collègue de travail la terrassera.

Ce récit soulève plusieurs questions: Pourquoi la vie vaut-elle la peine d’être vécue? Qu’est-ce qui lui donne un sens? Vaut-il la peine de se conformer aux attentes des autres? Dans quelles conditions peut-on être soi-même sans blesser les autres? Comment peut-on vivre heureux dans le monde moderne? De toute évidence, M.A. vit dans un environnement stable et paisible, a eu accès à une éducation solide, vit entourée de gens qui l’aime. Pourquoi cela n’est-il pas suffisant pour qu’elle soit heureuse?

Ce livre peut se lire tout d’une traite, l’écriture est limpide et l’auteur sème ici et là des indices sur ce qui est à venir, sans trop en dire. Un vrai plaisir! Encore là, j’ai découvert une nouvelle auteure que j’aurai sûrement plaisir à suivre dans le futur.

En lisant ce livre, je me suis rappelé de la chanson de Patrick Bruel “Pour la vie”:

C’est la vie, c’est la vie, 
C’est la vie qui nous change 
Et qui dérange 
Toutes nos grandes idées sur tout 
C’est la vie, c’est la vie, 
C’est la vie qui décide 
Qui nous file des rides 
Au coin des yeux et du coeur 

J’ai maintenant hâte de lire Le silence du banlieusard d’Hugo Léger que j’ai aussi découvert au Salon du livre du Montréal, qui parle aussi de l’ordinaire de la vie de banlieue. À moins que je ne me lance dans la lecture de Madame Bovary à qui on a comparé la M.A. de Sophie Divry.

Références:

Divry, Sophie. La condition pavillonnaire. Notabilia, 2014.

Autres choses:

http://www.lefigaro.fr/livres/2014/10/30/03005-20141030ARTFIG00021–la-condition-pavillonnaire-la-bovary-du-xxesiecle.php

http://www.lexpress.fr/culture/livre/la-condition-pavillonnaire-une-vie-dans-les-regles_1573248.html

https://liresurunbanc.wordpress.com/2014/10/06/la-condition-pavillonnaire/

https://actualitte.com/blog/sophielit/2015/01/12/la-condition-pavillonnaire-sophie-divry/

http://www.editionsxyz.com/catalogue/662.html

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  1. Pingback: Hugo Léger, Le silence du banlieusard | Sylvie's World is a Library

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