Emmanuel Carrère, L’Adversaire

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Ce livre relate la vie de Jean-Claude Romand, ce français qui a tué sa femme, ses enfants et ses parents avant de tenter, sans succès, de s’enlever la vie en 1993. Emmanuel Carrère nous faire part de sa fascination pour ces évènements et essaie d’élucider comment un homme peut mentir pendant 20 ans sans que personne s’en aperçoive. Cette tentative de creuser au plus profond d’un fait divers est plutôt intéressante, le livre se lit rapidement, mais il est somme toute plutôt déprimant. Comme j’ai acheté ce livre lors du salon du livre de Montréal, il a été dédicacé par Emmanuel Carrère, qui  l’appelle “cette sombre histoire”, en effet très glauque.

Au début du livre, l’auteur nous parle de la réaction d’amis proches de la famille Romand, Luc et Cécile…

S’ils avaient pu, au moins, protéger leurs enfants! Se contenter de leur dire, c’était déjà assez affreux, qu’Antoine et Caroline avaient péri dans incendie avec leurs parents. Mais il ne servait à rien de chuchoter. En quelques heures, le pays a été envahi de journalistes, de photographes, de techniciens de télévision qui harcelaient tout le monde, même les écoliers. Dès le mardi, ceux-ci savaient tous qu’Antoine, Caroline et leur maman avaient été tués par leur papa qui avait ensuite mis le feu à leur maison. Beaucoup, la nuit, se sont mis à rêver que leur maison brûlait et que leur papa faisait comme celui d’Antoine et de Caroline. Luc et Cécile s’asseyaient au bord des matelas qu’on avait traînés les uns à côté des autres car plus personne n’osait dormir seul, on se serrait à cinq dans la chambre des parents. Sans savoir encore quoi expliquer, ils berçaient, câlinaient, essayaient au moins de rassurer. Mais ils sentaient bien que leurs paroles n’avaient plus le pouvoir magique d’avant. Un doute s’était insinué, que rien sinon le temps ne pourrait déraciner. Cela voulait dire que l’enfance leur était volée, aux enfants et à eux leurs parents, que plus jamais les petits ne s’abandonneraient dans leurs bras avec cette miraculeuse confiance qui est miraculeuse mais normale, à leurs âges, dans les familles normales, et c’est en pensant à cela, à ce qui avait été irrémédiablement détruit, que Luc et Cécile ont commencé à pleurer.

Un des thèmes importants dans ce livre est donc la confiance, la confiance qu’on inspire aux autres et la confiance qu’on leur accorde soit parce qu’ils ont fait la preuve qu’ils en étaient dignes et qui s’est bâtie de façon empirique sur une foule de gestes et de paroles, soit qu’ils ne l’ont jamais trahi.

Un autre thème important est l’authenticité, ce qu’on démontre de soi-même au fils des jours, sur qui nous sommes vraiment, sur que nous pensons vraiment, sur les valeurs qui nous guident. L’imposteur, tel Jean-Claude Romand, sans passer complètement pour quelqu’un qu’il n’est pas, ne peut être authentique. En fait, comment un imposteur, de façon générale, continuellement présenter une façade cohérente, sans plus de contradictions qu’un être humain normal, ou en tout cas pas assez pour éveiller des soupçons, pendant des années?

Il serait intéressant, au-delà du fait divers, d’explorer la psychologie de l’imposteur. D’autres imposteurs ont-ils bâti leur imposture sur les mêmes bases, mû par les mêmes besoins que Jean-Claude Romand? Y a-t-il différents types d’imposteurs?

Références

Carrère, Emmanuel. L’Adversaire. P.O.L., Paris, 2000.

Autres choses

http://www.liberation.fr/societe/2012/05/18/imposteur-toi-meme_819730

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