Une critique acerbe du monde du travail: le travail de Vincent de Gaulejac

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J’avais beaucoup aimé La société malade de la gestion qui décortiquait les tendances de gestion et leurs effets pervers sur les individus, sur le manque d’humanité de traiter les gens comme des « ressources » humaines.

Sept ans plus tard, le Manifeste pour sortir du mal-être au travail renchérit. Le discours si superficiel qu’on entend tous les jours sur l’équilibre travail/vie privée met trop souvent l’accent sur la responsabilité personnelle pour cet équilibre sans tenir compte des aspects systémiques qui ne permettent pas aux personnes de l’atteindre. De Gaulejac et Mercier blâment l’intensification du travail et la culture de l’urgence. J’y ajouterais la croissance et l’efficience à tout prix… et de tous les paradoxes qu’elles entraînent. Tout cela menant à une perte de sens. Pour ces auteurs,

Dans ces conditions, il est essentiel de remettre la question du travail au cœur du débat public, d’affirmer que la souffrance ne doit pas être seulement renvoyée aux médecins, aux psychiatres et aux psychologues. Elle doit être entendue comme un symptôme qui révèle une crise de société, une crise des valeurs, un processus de destruction au fondement même du système de production, une question éminemment politique.

Les auteurs proposent les moyens individuels suivants de faire face à la situation :

1.       Se protéger sans se résigner

2.       Comprendre la nature de l’idéologie managériale

3.       Refuser le psychologisme et l’individualisation

4.       Dénoncer les ravages de la compétition permanente et de la course à l’excellence

5.       Apprendre à se dégager des paradoxes

6.       Combattre les illusions de la mesure et la fausse objectivité

7.       Savoir dire non

Et les moyens collectifs suivants :

8.       Faire confiance au sujet dans l’action collective

9.       Redonner du sens à l’activité

10.   Contrer le règne de l’expertise des grands cabinets de consultants

11.   Repenser l’évaluation

12.   Protéger la santé au travail en traitant les organisations pathogènes

13.   Redonner au management son rôle central : l’art de la médiation

14.   Retrouver le plaisir au travail et l’amour du métier

Ainsi que des moyens politiques :

15.   Combattre l’utilitarisme et le positivisme

16.   Restaurer la confiance en rééquilibrant les pouvoirs dans l’organisation du travail

17.   Lutter contre la création destructrice

18.   Rééquilibrer les intérêts privés et l’intérêt général

19.   Promouvoir l’économie solidaire contre la société de marché

20.   Permettre une nouvelle révolution managériale au service d’un monde commun

Certains de moyens politiques me semblent plutôt utopiques mais les auteurs soulèvent tout de même des points qui font réfléchir. Il s’agit de changer la vision du monde, des organisations et du travail qui prédominent en ce moment. Sinon, aucun des changements faits aux niveaux inférieurs ne seront durables. Les auteurs disent clairement en conclusion que la combinaison d’actions aux trois niveaux est nécessaire pour éliminer la souffrance et le mal-être au travail, afin de valoriser l’humain.

Vincent de Gaulejac est sociologue et professeur à l’Université Paris-Diderot. Il est un des défenseurs d’une approche de la sociologie dite « clinique », une sociologie agissante, proche d’une conception de la recherche-action, qui ne repose pas sur une illusion de l’objectivité positiviste. Cette approche mène forcément à un certain militantisme qui se reflète dans ses publications. C’est peut-être une réaction à l’approche théorique surdéveloppée de certains autres sociologues… Il s’indigne, il dénonce, mais il le fait sur la base d’une observation minutieuse des comportements et des relations sociales dans les organisations. Quand je lis les textes de Gaulejac, je les entends avec la voix de Yann Arthus Bertrand. Je devrais trouver des enregistrements pour voir s’il y a une ressemblance dans le ton et le débit. Le rythme des phrases semble être le même…

Références:

De Gaulejac, Vincent. La société malade de la gestion : Idéologie gestionnaire, pouvoir managérial et harcèlement social. Éditions du Seuil, Paris, 2005.

De Gaulejac, Vincent et Antoine Mercier. Manifeste pour sortir du mal-être au travail. Desclée de Brouwer, Paris, 2012.

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