Per Olov Enquist, Le cinquième hiver du magnétiseur

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De retour à mon obsession, la littérature suédoise et en particulier les romans de Per Olov Enquist. J’ai acheté le méga-tome Œuvres romanesque, volume 1, dans la collection Thésaurus chez Actes Sud qui contient six romans de la première moitié de la carrière d’Enquist. Il s’agit donc les romans des années 60, 70 et 80, avec deux omissions notoires, le roman sur Strindberg et L’extradition des Baltes. Le roman le plus récent de la collection est La bibliothèque du capitaine Nemo, celui qu’il a écrit après avoir surmonté sa dépendance à l’alcool et qui a été publié en 1991 en suédois. Les 5 autres romans de la collection publiée chez Actes sud sont : Le cinquième hiver du magnétiseur, Hess, Le départ des musiciens, Le Second, et L’ange déchu.

Donc, je viens de terminer Le cinquième hiver du magnétiseur et ce roman rejoint certainement mon intérêt pour la pratique de la médicine avant l’ère moderne, où la médecine est encore plus un art qu’une science, quoiqu’on peut se demander si ça ne serait pas toujours le cas aujourd’hui. Le docteur Meisner est un magnétiseur qui prétend pouvoir guérir des malades à l’aide d’aimants, d’hypnose et du contrôle des flux magnétiques. Il tente d’imposer sa méthode en plusieurs endroits, dont Vienne et Paris, mais s’en fait chasser avec parfois grand fracas comme à l’issue d’un procès tenu à Vienne.

Il s’amène donc dans la ville de Seefond (j’ai conclu que celle-ci était en Allemagne, mais je ne crois pas que ça soit spécifié dans le livre). Il y rencontre le docteur Selinger et guérit sa fille d’une cécité qui s’était déclaré à la suite d’un viol dans son enfance. Le docteur Selinger devient son assistant et joue le rôle d’observateur/vérificateur. À titre de narrateur, il décrit les traitements donnés à différents patients, avec plus ou moins de succès, ainsi que les séances de groupe animées par Meisner. Il s’interroge constamment sur les activités de Meisner. La méthode est-elle vraiment curative ou s’agit-il d’une supercherie. Dans le cas d’une patiente en particulier, il conclut à la tricherie de la part de la patiente mais sans nécessairement impliqué Meisner. Toutefois, suite à certains évènements, Meisner est arrêté, battu presqu’à mort et jugé. Il meurt peut de temps après.

On reconnait dans ce livre le style d’Enquist, son souci du détail, son scepticisme et son pessimisme quant à la bonté de l’être humain. Par contre, les manières qui m’ont tant frappées dans les romans plus récents, tel le rythme haletant, les répétitions, les exclamations trébuchantes, en sont absentes.

Il a recourt au même stratagème que j’ai vu dans les romans récents, de s’appuyer dans la narration sur de soi-disant documents historiques, ce qui pourrait amener le lecteur à se demander s’il s’agit d’un roman historique avec une forte base véridique ou simplement d’une fiction qui se prétend documentaire.

Les jeux de langage ont probablement une grande place dans l’écriture d’Enquist et on ne peut qu’espérer que les traducteurs lui font justice (dans ce cas-ci Marc de Gouvenain et Lena Grumbach). Comme je ne lis pas le suédois, je dois me contenter de traductions. À peu près à la moitié du roman, il se met à discourir sur la signification du « grotesque ». Le mot grotte étant à son origine, le grotesque est sombre et on en perçoit que les contours; il est reflet de la vérité mais avec des distorsions importantes et est toujours présent au fond de nous. On peut en conclure que l’humain contient toujours le mal ou la maladie et doit être traité. L’image de la grotte, d’un vide intérieur menaçant, est très forte.

L’utilisation de certains mots connote aussi un doute sur la légitimité du docteur Meisner, tel que dans cette description d’une malade :

Cette femme souffre depuis dix ans de douleurs intolérables dans la partie gauche de l’hypocondre, accompagnées d’élancements, de chaleurs, ainsi que de palpitations à l’endroit malade. Plusieurs fois un sentiment d’angoisse est venu s’ajouter à ces symptômes.

À la lecture de ce passage, je me suis dit : « Mais que diantre est un hypocondre? » Nous connaissons tous le mot « hypocondriaque » qui décrit l’affectation qui consiste à se croire malade sans l’être. Le lien est donc intéressant. Donc la patiente à mal à l’hypocondre, qui est une partie de l’abdomen. Étant donné la structure de l’innervation de l’abdomen, quand on a mal au ventre, on sait rarement précisément où on a mal. Alors, une douleur abdominale est localisée sans être complètement localisable. Ça amène à la charlatanerie, non? Mes remarques pourraient aussi vous amener dans un sommeil profond et je ne vous ennuierez pas plus avec mes jeux de mots et mes associations d’idées.

En bref, je recommande ce livre.

 

Référence :

Enquist, Per Olov. Le cinquième hiver du magnétiseur. Dans Œuvres romanesques, volume 1, Collection « Thesaurus », Actes Sud, 2010. (originalement publié en suédois en 1964)

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