Férocement drôle ou drôlement féroce: Le mec de la tombe d’à côté, de Katarina Mazetti

Standard

Lecture plutôt légère, ce livre de Katarine Mazetti est divertissant. Ça raconte l’histoire d’un homme et d’une femme qui sont seules et vraiment différents dont la rencontre donne lieu à divers épisodes comiques. Elle est bien éduquée, travaille comme libraire et a des intérets intellectuels et culturels plutôt hors du commun. Il est fermier et terre-à-terre mais produit chez elle un effet qu’aucun homme n’a su produire avant… Finalement, la relation ne marche pas vraiment, mais elle lui demande de servir de géniteur pour satisfaire son horloge biologique.

Rien de révolutionnaire pour ce qui est de l’histoire. Chaque chapitre du livre alterne entre le point de vue de l’homme et de la femme, ce qui met bien en évidence leur très différents points de vue sur ce qui se passe.

Voici comment ça commence pour la femme:

Méfiez-vous de moi!

Seule et déçue, je suis une femme dont la vie sentimentale n’est pas très orthodoxe, de toute évidence. Qui sait ce qui pourrait me passer par la tête à la prochaine lune?

Vous avez quand même lu Stephen King?

Juste là, je suis devant la tombe de mon mari, assise sur un banc de cimetière vert bouteille lustré par des générations de fesses, en train de me monter la tête contre sa dalle funéraire.

Et pour l’homme:

Putain, je ne peux pas la blairer, je ne peux vraiment pas la blairer!

Pourquoi elle est tout le temps assise là?

Et le sourire qui la fait craquer:

Lui aussi souriait. Et…

Impossible de décrire ce sourire-là sans plonger dans le monde merveilleux des vieux standards de bal-musette.

Dedans, il y avait du soleil, des fraises des bois, des gazouillis d’oiseaux et des reflets sur un lac de montagne. Le Forestier me l’addressait, confiant et fier comme un enfant qui tend un cadeau d’anniversaire dans un paquet malmené. Ma bouche est restée étirée jusqu’aux oreilles. Et un arc de lumière a surgit entre nous, j’en mets ma tête à couper encore aujourd’hui — un de ces arcs bleus que mon prof de physique produisait avec une sorte d’appareil. Il s’est écoulé trois heures, ou trois secondes.

Et pour lui:

Qui est cette femme qui prend des notes devant une tombe? Est-ce qu’elle tient le registre des maris qu’elle a tués? Tout à coup elle me lorgne et j’entends un bref reniflement autoritaire: elle a vu que je l’observais. Pour me venger de son attitude arrogante, j’essaie de me l’imaginer avec une perruque de boucles synthétiques turquoise et des bas résilles. Des seins laiteux, fortement comprimés, jaillissent d’une guêpière en vinyle noir et brillant. Je lui laisse les cils blancs et le ridicule bonnet de feutre avec des champignons.

Le résultat est tellement insensé que je me prends en flagrant délit de la dévisager, un grand sourire collé sur la tronche.

Alors, elle lui sourit, il lui sourit, mais certainement pas pour la même raison… et ces différents se perpétuent tout au long du livre. Cocasse comme effet…

La version suédoise du livre a paru en 1998 et on en a fait un film en 2002 (http://www.imdb.com/title/tt0298351/). Michael Nyqvist, qui était en vedette dans les versions suédoises de Millénium, joue le rôle du fermier.

Certaines revues comparent le style de Mazetti a celui de Carol Shields, mais je ne suis pas sûre d’être d’accord avec ça, sauf peut-être pour Larry’s Party.

Référence:

Mazetti, Katarina, Le mec de la tombe d’à côté. Gaia Editions, 2009.

Advertisements

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s