Jacques Boulerice, L’invention des fêtes

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En ce 15 juillet 2016, il est presque difficile de parler de bonheur et même d’avoir ne serait-ce qu’une once d’insouciance… Mais il existe encore des librairies pleines d’histoires pour nous emporter ailleurs et de poésie qui ré-enchante le monde. Alors même avec le coeur lourd, je vais vous parler d’un livre magnifique qui me fait penser malgré tout que le bonheur est un état d’esprit qui vient de l’intérieur et qu’il ne résulte pas d’une conjonction d’éléments extérieurs qui s’alignent miraculeusement d’eux-même. Que lorsque le poids de la douleur s’allègera un peu, que le choc des évènements commencera à se dissiper, nous pourrons recommencer à saisir le merveilleux qui nous entoure.

Lorsque j’ai acquis ma copie de L’invention des fêtes au Salon du livre de Montréal 2015, M. Boulerice l’a dédicacé de la façon suivante: “Pour que chaque jour ressemble au bonheur.” D’abord, la barre n’est pas trop haute puisqu’on parle de ressemblance et non de bonheur pur; au moins, il y a déjà ça. Mais pour que tous les jours ressemblent au bonheur, il faut bien une approche, une  prédisposition, une aptitude au bonheur—mais je ne parle pas de recette infaillible parce que je crois que chacun doit trouver sa voie.

L’invention des fêtes raconte l’histoire de deux êtres hors du commun, Félibre (autrefois nommé Felipé) et sa Fée, qui parcourent les méandres de la vie avec une attitude bien particulière. En voici un exemple:

Dans la ville nordique où vivaient Félibre et la Fée, l’hiver, les bornes-fontaines tenaient toutes un oeil au-dessus de leur tête, une sorte de judas dans une porte invisible. Pratiquement, cet appendice tendu comme une sucette au bout d’une tige avait pour fonction d’indiquer l’emplacement de chaque borne-fontaine aux chenillettes de déneigement et aux pompiers qui, en cas d’urgence, pourraient perdre un temps précieux à les chercher sous la neige. Ce n’était pas la principale fonction de l’objet. En réalité, ces cercles tenus dans l’air constituaient plutôt l’ultime attraction du dernier dresseur de bornes-fontaines. À l’apogée de son art, cet homme arrivait à leur faire exécuter un numéro ignoré des passants qui auraient pu profiter du prodige pour littéralement transfigurer leur vie. Après le passage du dresseur, chaque borne semblait toujours rappeler son existence grâce à ce petit cercle rouge au bout d’un bras de fer. C’était un leurre. En réalité, ce cercle pratiquait une véritable ouverture dans le bleu de l’air. On pouvait y passer la main, l’épaule, et, avec un peu de souplesse, tout le corps avec le coeur au centre.  C’est ce passage ou de semblables, selon l’usure des saisons, que les amoureux empruntaient depuis des lustres pour se retrouver en secret dans l’invention des fêtes.

Dans le mystère du lien entre l’auteur et son oeuvre, on peut se demander s’il s’agit d’une fable base sur la vie de l’auteur, le mettant en scène ainsi que sa propre Fée…  Il nous livrerait un testament sur le secret du bonheur, écrit en code, ou une biographie féérique, ou une autofiction merveilleuse. Il ne manque qu’une visite au Jardin des Merveilles (celui du Parc Lafontaine, dans le temps) une journée où les animaux décident de converser avec les visiteurs.

Ce petit livre se déguste petit à petit, court chapitre par court chapitre, afin de suivre Félibre et sa Fée dans le périple et d’en voir les parallèles dans le monde qui nous entoure, les traits de lumière du merveilleux à travers l’opacité souvent grise du réel.

 

Référence:

Boulerice, Jacques. L’invention des fêtes. Collection “Ostinato”. Éditions Le lézard amoureux, Montréal, 2015.

Autres choses:¸

http://www.ledevoir.com/culture/livres/449239/l-invention-des-fetes-jacques-boulerice

https://yvonpare.blogspot.ca/2016/04/la-vie-est-une-fete-pour-jacques.html

Lydie Salvayre, Pas pleurer

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Il y a beaucoup d’auteurs qui finissent par écrire sur leur mère, quelque fois en remplissant les espaces entre les faits connus, mais il peut aussi être difficile de faire la différence entre le réel et l’imaginaire et ces récits sont publiés en tant que “roman” par les maisons d’éditions. Peut-être une manière d’éviter les problèmes avec les proches qui pourraient contester la véracité des faits. Dans cette veine, je viens de finir Pas pleurer de Lydie Salvayre et je suis en train de lire Rien ne s’oppose à la nuit de Delphine de Vigan.

Que dire de Pas pleurer? J’ai bien aimé ce livre, même si au bout du compte la mère de l’auteur a vécu la guerre civile en Espagne plutôt de loin. Le moment clé a été l’été de 1936, au cours duquel elle a pu sortir de son village natal pour aller vivre à la ville et rencontrer d’autres jeunes comme elle qui commence à peine à découvrir la vie et pour qui la révolution paraît une grande aventure. Elle déchantera assez vite. À la ville, elle fait aussi une rencontre déterminante pour son futur, un jeune homme en route pour rejoindre l’armée républicaine avec qui elle partage une nuit tumultueuse, avec les conséquences dont on peut se douter avant que l’auteure n’en fasse état. Ne connaissant que le prénom de son amant d’une nuit, elle ne le reverra jamais malgré de nombreuses fantaisies de réunions passionnées.

Donc, il ne se passe pas grand chose, mais le quotidien de la vie dans un village de campagne en Espagne est très bien évoqué, de très riche façon. L’utilisation du langage m’a particulièrement plu. Des bribes de dialogue sont rapportés en espagnol (mais non traduits, ce qui n’est pas commode pour ceux qui ne comprennent pas ce langage suffisamment pour en saisir le sens). Et dans le discours de la vieille mère, réfugiée depuis longtemps en France, se retrouve toute une panoplie d’hispanismes savoureux. Par exemple,

Peux-tu me rendre le service, me dit tout à coup ma mère, de faire désapparaître le sirop pour la toux qui est coloqué sur le frigo? Il me raccorde très néfastement doña Pura.

Et la narratrice de dire:

Ma mère me raconte tout ceci dans sa langue, je veux dire dans ce français bancal dont elle use, qu’elle estropie serait plus juste, et que je m’évertue constamment à redresser.

Ça donne un côté très réaliste au livre. On fait un peu la même chose avec les anglicismes quand on parle français au Québec.

Un autre aspect de l’écriture qui m’a plu est la façon dont les dialogues sont écrits. Au lieu des dialogues trop proprets où tout le monde fait des phrases grammaticalement correctes (et ou la ponctuation est impeccable), on nous offre des dialogues brisés, des bribes de conversations, pleines d’interruptions et de voltes-faces, des phrases non terminées sans points finals. On peut s’imaginer être dans un café ou une cuisine bruyante, assise sur un banc, adossée mollement au mur, à écouter distraitement après quelques verres de vin…

Le livre discute aussi du séjour de l’auteur George Bernanos à Majorque durant la même personne et des sources de son inspiration pour le livre Les grands cimetières sous la lune. Il est témoin d’atrocités commises par les forces de Franco, enlèvements, assassinats, exécutions sommaires au bord d’une fosse, des cadavres et encore des cadavres. Je trouvais les passages sur Bernanos déconnectées du reste du récit. En fait, j’avais eu l’impression, avant de lire le livre, que la mère dont on parle dans le livre avait connu Bernanos, mais il n’en est rien. On l’utilise pour offrir un contraste entre l’expérience vécue par la mère et celle de Bernanos. À la dernière page, on nous dit:

L’été radieux de ma mère, l’année lugubre de Bernanos dont la souvenir resta planté dans sa mémoire comme un couteau à ouvrir les yeux: deux scènes d’une même histoire, deux expériences, deux visions qui depuis quelques mois sont entrées dans mes nuits et mes jours, où, lentement, elles infusent.

Lydie Salvayre a gagné le Prix Goncourt 2014 pour ce livre, ce Goncourt qui a été décrit par quelqu’un comme “le Goncourt du moins pire”… Non mais, pour qui on se prend? Je n’ai pas encore lu d’autres livres de cette auteure et j’espère bien que j’en aurai le temps un jour.

Référence:

Salvayre, Lydie. Pas pleurer. Éditions du Seuil, 2014.

Autres choses:

https://fr.wikipedia.org/wiki/Lydie_Salvayre

http://www.lemonde.fr/livres/article/2014/11/05/le-goncourt-a-lydie-salvayre-pour-pas-pleurer_4518570_3260.html

https://www.theguardian.com/books/2014/nov/05/former-psychiatrist-lydie-salvayre-wins-prix-goncourt

http://www.juanasensio.com/archive/2014/11/05/pas-pleurer-de-lydie-salvayre-ou-le-goncourt-de-la-vulgarite.html

http://www.20minutes.fr/culture/1475643-20141105-prix-goncourt-lydie-salvayre-laureate-surprise

Ann-Marie MacDonald, Adult Onset

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Ann-Marie MacDonald is on my short list of “must read” Canadian authors and I was really happy to see another novel by her. Mary Rose MacKinnon and her partner, Hilary, have a young son and a toddler named Maggie. Mary Rose used to write children’s books and put her career on hold to care for the children, while Hilary pursues hers in theater. The story is told from Mary Rose’s point of view and involves the exploration of her relationship with her partner, her relationship with her parents (Canadian military father and a mother of Lebanese origin) who do not accept her homosexuality when she comes out to them, her ethnic and sexual identity, her insecurities as a mother.

She is also plagued by phobias and panic attacks, strange childhood memories, and wearing the same name as her stillborn baby sister, usually referred to as “other Mary Rose”.  My mother had two sisters with the same first name, but they were both alive. Weird but in a different way.

And Mister (aka Mary Rose, “MR”) also carries shame, and insecurity and a blooming kind of anger that can surface at the oddest times. She is afraid that one day she will hurt the children.

She never knows when it might strike. The rage.  And when it does, she loses her grip on herself—literally. At times, she could swear she sees another self—shiny black phantom, faceless, as though clad in a bodysuit—leaping out of her, pulling the rest of her in its wake. Over the edge.

If someone had injected her with a potion labelled Mr. Hyde, it would make sense, for the rage always feels like it comes out of nowhere. It is only afterwards that she recognizes that whole sections of her brain have been shut down, whole circuit boards. For example, she loses language. Gone. It is akin to what used to happen to her in the bad old days when a strip of the world would cease to exist in her visual field, just as though it had never been. Or, equally disconcerting, when a giant yellow orb would appear right in front of her, blocking her view—it was like trying to see around a big yellow sun. “Incomplete classic migraine,” said the ophtalmologist. “Panic attack,” said Dr. Judy, and asked if she would like to “see someone.” But Mary Rose knew they were really evil spells—she needed a sorcerer, not a shrink.

Those times are like dreams or the pain of surgery however—they get filed separately. She has undone many evil spells since becoming a mother—even so, there is still a spinning wheel somewhere in the kingdom and she never knows when she might prick her finger…

There is nothing wrong with her life. She has a loving partner and two healthy, beautiful children. She has put money into education funds, she has put photos into albums. She can make pancakes without a recipe, she knows where the IKEA Allen key is, and has memorized the international laundry symbols—she has not Polaroided her shoes, she has her inner Martha Stewart in check.  That is a slippery slope; you start making your own ricotta, next thing you know you’re in jail.

So Mary Rose is striving to understand what drives her as well as to make sense of her life. Her coping strategies might be a little strange and she does have obsessions such as her forever sore arm and her mother’s battles with postpartum depression.

The beauty of Ann-Marie MacDonald’s writing is how it brings to life the details of the everyday lives of her characters. She also describes very well the complexity of the negotiations of multiple identities that people take on in the contemporary world.

Reference:

MacDonald, Ann-Marie. Adult Onset. Vintage Canada, 2015. [2014]

Hélène Dorion, Le temps du paysage

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Ce livre d’Hélène Dorion est assez différent dans sa forme des recueils de poésie de cette auteure que j’ai lus, mais le thème et l’intention sont cohérents avec le reste de l’oeuvre. L’auteure y exprime, en mots et en images, les images qui l’envahissent à la mort de son père, et les réflexions sur la vie, la mort, la nature de l’âme, et la relation avec son père, que cet évènement suscite.

Ce livre se lit tout doucement, lentement, en savourant le texte et en le conjugant à la photo qui l’accompagne sur la page opposée. C’est un livre qui nous emmène ailleurs, dans la réflexion, dans de nouvelles impressions, sans besoin d’analyse, sans chronologie. On peut d’ailleurs l’ouvrir à n’importe quelle page, et y retourner encore et encore. On peut choisir de ne regarder que les photos.

Une petite joie à chaque fois qu’ou l’ouvre.

Et pourtant certains thèmes sont plutôt sombres. La sérénité qu’exprime Hélène Dorion en neutralise toutefois tout le potentiel négatif.

J’ai été voir l’exposition en lien à ce volume qui était présentée à Val David au moi de mai. Un vrai bijou! Les murs peints en noir étaient l’écrin parfait pour les photos extraites du livre. Des enregistrements audio des extraits du livre (la voix d’Hélène Dorion!) étaient diffusés dans deux coins de la salle. De l’endroit où j’étais assise je les entendais en écho (ou plutôt en canon) et l’effet était ensorcelant.

Cette exposition est maintenant à la Maison de la littérature à Québec, jusqu’au 15 septembre. Suivez le lien et ne manquez pas de regarder le vidéo au bas de la page.

 

Référence:

Dorion, Hélène. Le temps du paysage. Éditions Druide, Montréal, 2016.

Melissa Lenhardt, Sawbones

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This Western novel was inspired by the appreciation that the author’s father had for Larry McMurtry‘s Lonesome Dove. In the book, the main female character, a young doctor accused of committing murder in New York City, flees to the frontier to start a new life. The convoy she travels with through Texas is attacked by Indians and she is the lone survivor. One of the officers involved in her rescue is injured and she treats him, saving his life. They fall in love and they flee together when information about her real identity surfaces and she is threatened.

The writing is conventional and effective; the author is a good storyteller. The emotional dimensions of the book, though, remain superficial and could have been better exploited. We are told about emotions but the writing is not conducive to experimenting them vicariously, especially when it comes to the development of love and affection between the main character and the officer she saves. I found the first half of the book quite interesting but the second half felt more rushed.

The portrayal of characters and their relationships were rather stereotypical. There are some attempts at introducing nuances (such as when the young doctor gets to know the prostitutes who serves the frontier town) but most are one-sided stereotypes. Even accounting for the fact that the novel is set in the 19th century, it constricted how interactions and dialogues were handled in the novel.

Future works may show an evolution in a direction that might make them a more satisfying read for me.

I was given access to this book by the publisher through Net Galley.

Reference:

Lenhardt, Melissa. Sawbones. Redhook Books, 2016.

Other things:

http://www.melissalenhardt.com/

Anaïs Barbeau-Lavalette, La femme qui fuit

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J’aime lire ces romans qui ont une base dans la réalité et qui me mène à chercher à en connaître plus sur les personnages et les thèmes abordés. J’ai été gâté avec La femme qui fuit d’Anaïs Barbeau-Lavalette qui part à la recherche de l’histoire de sa grand-mère, Suzanne Meloche, qui eut deux enfants avec son mari Marcel Barbeau et qui les abandonna à un très jeune âge pour ne plus jamais revenir auprès d’eux. À partir de certain faits connus, l’auteure imagine les pensées, sentiments et intentions de sa grand-mère et tente d’expliquer l’inexplicable… Chaque scène est comme une vignette patiemment colorée par petits traits, et l’accumulation de ces vignettes nous donne comme une impression de connaître cette femme et ses choix, mais chaque vignette laisse aussi son ombre.

En fait, il n’y a pas de narrateur omniscient qui sait tout de Suzanne Meloche et nous la raconte… non, l’auteure a choisi une stratégie différente, la narratrice s’adresse à son sujet à la deuxième personne du singulier, lui posant des questions, formulant des hypothèses, l’exhortant à répondre et à se révéler, ce qui n’est forcement que partiellement possible.

Suzanne Meloche a côtoyé les signataires du Refus Global. C’est surtout à ce sujet-là que j’ai fouillé le web pour trouver de l’information supplémentaire, ainsi que sur les autres activités d’Anaïs Barbeau-Lavalette, de son conjoint, et des ses parents, Manon Barbeau et Philippe Lavalette. Ce livre a été écrit par une créatrice entourée de créateurs, un milieu propice à nourrir une démarche telle que celle qui a été entreprise pour arriver à ce livre.

 

Référence:

Barbeau-Lavalette, Anaïs. La femme qui fuit. Marchand de feuille, Montréal, 2015.

Autres choses:

http://www.lapresse.ca/arts/livres/entrevues/201509/18/01-4901805-anais-barbeau-lavalette-le-fantome-de-la-liberte.php

http://www.leslibraires.ca/livres/la-femme-qui-fuit-anais-barbeau-lavalette-9782923896502.html

https://www.erudit.org/culture/qf1076656/qf1202763/56294ac.pdf

https://lebaldesabsentes.wordpress.com/2015/09/20/la-femme-qui-fuit-de-anais-barbeau-lavalette/

http://leslecturesdetopinambulle.blogspot.ca/2016/01/la-femme-qui-fuit_31.html

http://gestion.evalorix.com/cas/leadership-et-comportement-organisationnel/manon-barbeau-le-lien-lautre/

Jón Kalman Stefánsson, D’ailleurs, les poissons n’ont pas de pieds

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De cette saga familiale sur trois générations, je retiens qu’on se débat pour vivre, survivre et donner un sens à sa vie, mais le bonheur ne survient-il pas quand on peut lâcher prise? En Islande, la vie est rude et le paysage peut être magnifique, mais n’est pas toujours hospitalier. La première génération dont on raconte l’histoire vit dans un village de pêcheurs dans un fjord isolé et la dernière, dans le temps présent, celui des vols commerciaux accessibles entre l’Europe et l’Islande, et des téléphones mobiles. De l’Islande vraie,  peut-être authentique, non adultérée par le contact ave le reste du monde, à une Islande de carte postale où en déplace des activités bien fonctionnels (le séchage du poisson) afin qu’elles ne se voient pas de la route que doivent emprunter les touristes en quittant l’aéroport.

L’auteur ne fait pas que nous raconter une saga familiale, mais laisse le soin à ses narrateurs de partager de longues réflexions sur ce qu’ils observent ou ce qu’ils vivent, incluant parfois des détails presqu’inconcevables (une fouille corporelle à l’aéroport!). Tout ça offre une fenêtre, dont le verre est par moment dépoli et imparfait, sur la culture et la mentalité islandaise, ainsi que sur des aspects universels de notre humanité.

La grand-mère Margrét, le personnage que j’ai trouvé le plus attachant dans ce roman, semble souffrir de troubles bipolaires, passant de la plus noire dépression à des débordements de joie, des ténèbres à la lumière. Ses troubles de l’humeur sont décrits dans une section intitulée “Bref exposé écrit sur les ténèbres et la lumière”.

C’est une douleur d’être médiocre, et pire encore d’en avoir conscience, de le ressentir au plus profond de soi, ce genre de certitude vous pénètre et menace vos organes, elle s’en prend surtout au coeur et à ses échanges avec le cerveau. Et Margrét peine à supporter bien des choses.

[…] Deux ou trois fois par an, ces ténèbres envahissent ses veines si radicalement que tout devient difficile […]

[…] ces ténèbres l’envahissent, colorent l’ensemble de ses organes, s’immiscent dans chacune de ses pensées et jusque dans ses souvenirs; tout devient noir. C’est à peine si elle peut se lever, elle passe deux ou trois jours au lit, allongée sur le dos, le regard vide, totalement immobile, comme si elle dormait, comme si elle était morte, elle ne répond presque rien et parfois rien du tout […] Ces périodes s’achèvent bien souvent d’une manière abrupte, si abrupte qu’on pourrait croire qu’on l’a arrachée à l’emprise de la mort pour lui offrir le cadeau de la vie, de la vie magnifique. Ses veines se gorgent brusquement de soleil et de rires, de chants d’oiseaux et d’une joie communicative qui l’empêche de tenir en place, il faut absolument qu’elle bouge, qu’elle célèbre la vie, et qu’elle danse!

Durant un de ces épisodes, elle sort de la maison en robe de chambre et embrasse un homme qui passe. Son mari en entend parler et est furieux. Margrét est déçue que son mari ne puisse comprendre le besoin impérieux de vivre qui s’est emparé d’elle à ce moment. Il est si souvent absent, parti en mer avec son équipage, et partage si peu la vie de sa femme et de sa famille… Il semble plus à l’aise parmi les hommes qui l’accompagnent en mer et est sur terre presqu’un poisson hors de son bocal, mais il aurait bien besoin de pieds pour arpenter ce monde.

C’est un livre qui se lit lentement, au creux d’une chaise confortable, peut-être durant un soir d’hiver quand le vent siffle dans les branches dénudées, un temps qui porte à la mélancolie et à la réflexion. Pas vraiment un livre pour la plage.

Première phrase:

Le soleil lui-même eût été impuissant à l’éviter, tout autant d’ailleurs que les mots sublimes tels amour ou arc-en-ciel, devenus désormais parfaitement inutiles, et qu’on pouvait sans dommage mettre au rebus – tout cela avait commencé par une mort.

Dernière phrase:

Et Keflavik a si radicalement disparu derrière les flocons qu’on dirait que jamais cet endroit noirâtre n’a vraiment existé.

 

Référence:

Stefanson, Jon Kalman. D’ailleurs, les poissons n’ont pas de pieds. Gallimard, 2015. (publication originale en islandais en 2013)

Autres choses:

http://next.liberation.fr/livres/2015/11/20/les-ecrivains-diables-mineurs-rencontre-avec-jon-kalman-stefansson_1415051

https://www.youtube.com/watch?v=_qekXKQUeGc

https://www.youtube.com/watch?v=27fCuCMu6YE (Celui-ci est en islandais, mais les images en valent la peine)

À lire du même auteur:

https://litteraemeae.wordpress.com/2014/06/27/linfinie-poesie-dune-trilogie-islandaise/

John Grisham, Sycamore Row (L’allée du sycomore)

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This is a conventional legal procedural depicting small town or rural administration of justice where old judges hold quite a bit of sway due to their long tenure. There was nothing surprising in this book, and nothing new in terms of the contemporary perception of race relations in the deep South. Similarly as other Grisham novels I have read, the main character is a younger lawyer who is confronted with a new challenge, and his association with more experienced professionals given the occasion for “teachable moments” and some lengthy discourse or dialogues about the history of some legal approaches or practical approaches that can be applied to deal with the challenge at hand.

The storytelling is competent, the plot is well-paced, the characters congenial although a little one-sided. The book can easily be turned into a movie scenario and one can just see this one playing out as a movie as one reads. A good escapist beach book!

I read this one in French, against my principle of reading books in the original if I can read that language, because it was lent to be by a friend who liked it. I was not crazy about the translation and use of French terms for American ones that do not reflect the structure of American institutions and culture.

Reference:

Grisham, John. L’allée du sycomore. JC Lattès, 2014.  (Originally published by Random House in 2013)

Reece Hirsch, Surveillance

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This is a well-paced techno-adventure novel that I quite enjoyed reading. The main character is a lawyer, Chris Bruen, with a newly opened office in the San Francisco area. He specializes in cybercrime. A potential client knocks on his door; he has stumbled on an ultra-secret government agency that has a mandate that goes beyond that of the NSA and as a result, he fears for his life. This agency uses all means of surveillance technologically available, even beyond what is permitted by law even in extraordinary circumstances. This is not in Bruen’s usual field, but he does report this to the authorities, somewhat informally. He is immediately targeted and members of his staff are killed.

He, his associate and the potential client go on the run, and much of the rest of the book is about the challenges they encounter while fleeing. They end up being mixed up with the cyber theft of a large sum of money belonging to a South American drug lord. While that may be even more dangerous that than discovering a rogue government agency, they survive.

In the end, they are back in the office but are by no means free of surveillance.

While this is an effective thriller, it is less fantastic than the movie Minority Report with Tom Cruise. It is also lacking the edginess of Thomas Pynchon and William Gibson, and the political undertones of Cory Doctorow.

This book came out in March. Thanks to Net Galley and the editor for access to a review copy.

Reference

Hirsch, Reece. Surveillance. Thomas and Mercer, 2016.

 

Other things:

http://www.reecehirsch.com/surveillance.php

http://bookofbogan.com/review-surveillance-by-reece-hirsch/

Martin Holmén, Clinch

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I read the whole book but I didn’t quite like it although I decided to stick it out and read it until the end. I needed to get about 80% of the way through to start appreciating it. I thought there was too much violence in it, too much spilling of blood and other bodily fluids. However, I did appreciate in the end the aura of cynicism that pervades this book and the main character’s lack of illusions about the goodness of fellow human beings.

The story involves an aging former boxer, Harry Kvist, who is now working as a freelance debt collector in 1932 Stockholm. Life is hard and living conditions precarious. Harry is also a homosexual who likes rough sex. He is suspected of murdering a man he was supposed to collect money from for a car bought from a farmer on credit. He was set up by a rich homosexual married man and the murder victim was a former driver who knew too much.

The book makes Stockholm look like an unpleasant, unsanitary place with heavy smog from coal burning furnaces used to heat houses at the time.

The writing and translation are effective. I found that the start was a bit slow, but that may be intentional to create that feeling of confusion about the hidden truth being the story. I took me a long time to figure out which characters were connected and how.

This is the first volume of a trilogy with the two other books scheduled to come out in 2016 and 2017.

Thanks to Net Galley and the publisher for access to an advanced copy of the English translation. It will come out on June 7, 2016.

 

Reference:

Holmén, Martin. Clinch. Pushkin Vertigo, London, UK, 2016. (originally published in Sweden in 2016)

Other things:

http://www.goodreads.com/author/show/6365004.Martin_Holm_n